Je descendis et me trouvai en présence de M. Arrigand.
La colère me monta immédiatement. Ah! pensai-je, je ne m'attendais pas à celui-ci, et j'aurais bien fait de ne pas me déranger.
—Monsieur, lui dis-je, sur un ton impertinent, je n'ai pas l'honneur de vous connaître.
—C'est exact, Monsieur, me dit-il, et je pourrais remédier à cet inconvénient en priant M. Vitellier qui m'attend ici, en voiture, de me présenter à vous... Sachez-moi donc gré de ne l'avoir point fait, ce qui vous évitera sa violence...
—Mais Monsieur, dis-je, la violence n'est point pour m'épouvanter!
—Trêve de coquetterie, Monsieur; je viens de la part de M. Vitellier chercher ici Mlle Marie sa fille, qui est entre vos mains, si je ne me trompe, depuis l'arrivée à Ferrare du train de 5 h. 40.
—Vos renseignements sont d'une précision mathématique à laquelle ma nature est insensible, Monsieur; je vous en ferai grâce dans la suite de cet entretien qui sera court, je l'espère. Je ne remettrai pas entre vos mains Mlle Marie Vitellier qui est entre les miennes de par toutes les forces de sa volonté.
—Mlle Vitellier est mineure, vous ne l'ignorez pas, Monsieur, et la loi ne tient pas compte de ses volontés.
—L'amour qui me lie à Mlle Vitellier ne tient pas compte de la loi.
—Il faut le regretter, Monsieur, car il eût été préférable de sauver Mlle Vitellier autrement que par l'emploi de la force légale, à laquelle il nous faudra bien recourir et qui ne va pas sans scandale...