—Mais! misérable enfant! il ne s'agit pas de plaisanter quand on veut prendre femme!...
—Mais, ma chère cousine, je vous ferai observer que c'est vous qui, pour le moment, me semblez manquer de gravité en tenant compte de tout, hormis le cœur de cette jeune fille et le mien. C'est une chose dont les personnes raisonnables jouent avec une insouciance d'enfants... Nous ne mourrons pas, privés d'une grande fortune; et, privés l'un de l'autre...
—Mais les parents ne vous donneront pas cette jeune fille!
—Oh!... Elle se donne bien, elle!...
—Permettez-moi de vous dire que cela peut être le fait d'une nature excellente, mais qui manque un peu de prudence, et dont... comment dirai-je?... la spontanéité... serait pour... je ne dis pas m'inquiéter...
—Ma cousine!
Je dus avoir le visage si brusquement convulsé, la voix si altérée et si mauvaise que ma cousine ne sut plus si elle devait être plus effrayée de mon état ou de ce qu'elle avait dit. Elle avait insulté Marie. Elle sanglota et s'enfuit. J'étais furieux; je m'oubliais tout à fait; j'eusse frappé quelqu'un et faillis briser tout. Je cherchai mes vêtements, m'habillai à la hâte. Je tremblais de fièvre; mes jambes flageolaient; il me semblait que j'avançais à la façon des petits oiseaux qui sautillent. Je descendis je ne sais comment. En bas, ma cousine en me voyant poussa un cri. Je lui répondis par un ricanement.
—Grand Dieu! où allez-vous? fit-elle.
—Ha! ha! ha! ha!...
Elle s'avança en appelant son mari, les domestiques, quelqu'un. Je la repoussai avec brutalité. J'avais atteint la porte de la rue; en m'apercevant avec mon chapeau, mon pardessus, le concierge avait ouvert; la porte bâillait. Un domestique arriva; ma cousine lui demanda de m'empêcher de sortir. J'étais déjà dehors.