—Mais je ne dis pas cela, mon cher ami; voyons! vous allez me chercher noise quand je ne suis au contraire qu'émue... Je ne sais pas ce que j'ai, ce que j'éprouve, voyons! tout cela est si soudain, ce revirement, cette nouvelle figure que je vous vois... enfin, laissez-moi respirer...
—Pas longtemps, dites? Vous voyez bien que vous n'avez pas le temps!
—Comment cela?
—Mais, ma petite cousine, dis-je en l'embrassant, parce que vous voyez que cela presse, et que malgré que j'aie un bien grand plaisir à vous voir près de moi, rien n'égale la satisfaction que j'aurais à vous savoir avenue Henri-Martin... Hein! suis-je aimable?
—Avenue Henri-Martin?...
—Demander pour votre cousin la main de Mlle Vitelier.
—Ah! mon Dieu! mon Dieu! mais laissez-moi respirer un peu, au moins... Mais, je n'avais jamais envisagé cela de si près. La dernière fois que vous m'avez fait l'honneur de me consulter, il s'agissait, s'il vous en souvient, de pressentir seulement l'opinion de cette enfant... Mais aujourd'hui, songez un peu, avez-vous jamais pensé à la fortune de cette jeune fille?
—Elle est riche, je sais, mais je demanderai qu'on me fasse la grâce d'une petite dot de rien du tout, de quoi aller à Venise une fois l'an et y changer de foulards.
—Grand fou! et vous, savez-vous seulement ce que vous avez?
—Une douzaine de mille livres... ne manquez pas, ma bonne cousine, d'énumérer ma fortune en livres, j'y tiens; cela vous a un son passé qui va à mes goûts réactionnaires. Toutefois, je vous permets d'escompter mon bel avenir: auditeur au Conseil d'Etat; belles relations, etc.