«A vous, votre
«Marie-des-Fleurs.»
18 février.
«Le soleil, ma chérie, la matinée tiède, la lumière à flots partout! Et vos feuillets qui m'arrivent, et je vous attends! J'imagine que sans le rayon de printemps qui m'affole, vos petits mots en grisaille m'eussent tourmenté outre mesure, car ils contiennent des choses bien inquiétantes: mais je ne veux voir que ce qu'ils renferment de bon, de chaud, d'adorable, et de beaux espoirs. Ah! cette lumière après le triste hiver que j'ai à peine vu pourtant, tant je n'ai vu que vous. Je suis fou! fou! ma bien aimée, de cette chaleur du soleil, de cette grande belle clarté! J'ouvre tous mes rideaux et les fenêtres aussi! un bon air doux pénètre qui semble faire pâlir mon feu maigre, et vous allez venir là dedans; dans une minute vous serez là. Ah! mon Dieu! je vous remercie!...»
Nous ne fûmes jamais si gênés l'un vis-à-vis de l'autre que dans cette atmosphère trop heureuse, et, nous étant embrassés, nous nous séparâmes vite, comme si nous avions découvert en nous tout à coup des ennemis cachés. Je ne savais ce qu'elle en pensait, mais je connaissais bien l'ennemi qui nous guettait: si nous faiblissions, nous étions perdus.
—Vous ne savez pas ce que je voudrais? dit-elle, presque aussitôt.
—En tout cas, je sais que vous l'aurez...
—Ce n'est pas si sûr... Je voudrais aller dehors, au grand jour, avec vous, à votre bras, voir des gens passer et sourire, parce qu'il est bien visible, n'est-ce pas, que nous nous aimons...
—Marie, y pensez-vous? Mais le pire de notre situation, ma chérie, c'est que je puis vous obtenir en vous compromettant, et c'est cela que vous me proposez...