—Si!

—Non! je vous en prie, dit-elle en se levant.

—Je le veux!

Je l'avais saisie un peu brutalement par la main et l'avais forcée à se rasseoir. Je voyais à sa répugnance à parler qu'il avait dû se passer quelque chose.

—Monsieur Arrigand, dit-elle, est venu à la maison, comme à l'ordinaire. Je ne vous dirai pas que j'étais tranquille absolument, bien que résolue à me moquer de tout ce qui pourrait arriver et qui me semble bien petit pour nous atteindre. J'avais avant de le voir des battements de cœur terribles; on me crut même malade; on me dit de me reposer; je fus bien obligée de le faire, je ne tenais plus debout. Mais il y eut quelque chose de plus fort, ce fut mon désir d'en finir avec cette entrevue. Tout cela est bien bizarre, n'est-ce pas, André, quand on pense que j'étais si tranquille en le croisant à votre bras, et je recommencerais bien encore, et nous recommencerons! Mais là-bas, chez moi, en face de Maman, quand je suis redescendue sur la terre, mon cher ami, je ne suis plus qu'une patraque... Enfin j'entrai au salon. Eh bien! je vous jure sur notre amour, André, que M. Arrigand n'a pas laissé paraître un mouvement des cils, indiquant qu'il pût avoir de moi une autre pensée que l'ordinaire. J'avais ramassé tout mon courage, allez! je voulais avoir le cœur net; je l'ai poussé par tous les moyens les plus biaisés, les plus imprévus. Il est très fort, je sais, mais il n'a pas de finesse et il n'eût pu faire autrement que de se découvrir. Il ne s'est pas découvert. Maintenant, je crois qu'il ne nous a pas vus.

—Ce n'est pas possible, Marie, vous m'avez dit qu'il nous regardait...

—J'ai cru qu'il nous regardait.

—Il nous a vus!

—Je crois à présent qu'il ne nous a pas vus! Soyez donc tranquillisé... Vous ne l'êtes pas?

—Je désirais avec rage qu'il nous eût vus!