—N'avez-vous pas le même espoir?
—Si, si! fis-je, stupide, tenez!... mais courons!
—Grand fou! dit-elle.
Le temps m'avait paru si bref que je croyais avoir encore à courir pour atteindre vite le bassin de l'Ilôt. Nous manquâmes de nous y heurter les pieds.
—Ah! fis-je, déjà!... déjà!...
—Quoi donc? qu'avez-vous, voyons? dit Marie.
Je lui confessai ma sottise, et nous nous mîmes à rire tous les deux. Mais je ne sais pourquoi je demeurai mécontent quoique ayant atteint ma statue sans encombre. Etait-ce que j'y étais parvenu si vite, si étrangement vite, après avoir cru cette allée sans fin; était-ce donc que mon bonheur était si près de moi; ne le goûtais-je pas déjà tout entier?... et alors, après? Ah! misère que vouloir jouir demain plus vivement qu'aujourd'hui!
—Marie! lui dis-je, lui serrant les mains et nous asseyant sur un banc.
Elle pencha la tête sur mon épaule et demeura tout abandonnée. Je me souviens que des enfants qui jouaient là nous regardèrent; l'un d'eux s'interrompit, il courut rejoindre sa mère et nous désigna du doigt. C'était une jeune femme fort belle et qui portait le deuil; elle leva sur nous ses beaux yeux tristes, et elle ne pouvait plus nous quitter; le petit vint, comme de lui-même, à nous; nous l'embrassâmes: la jeune femme pleurait. Nous fûmes confus et comme embarrassés devant elle, de notre bonheur d'amour, et nous nous éloignâmes.
Je sens la gaucherie de toutes les choses puériles que je rapporte ici. Ce n'est pas pour être sensé que j'écris, mais pour prolonger mes heures d'ivresse amoureuse.