—Qu'avez-vous? lui dis-je, en lui serrant la main, tandis que sa mère montait en voiture.

Elle avait presque les larmes aux yeux et le petit pli d'ironie qu'elle voulait garder s'effaça sous mes yeux dans la contraction qu'elle fit pour le retenir.

—Ah! mon pauvre ami! prononça-t-elle, où vous ai-je entraîné?

Elle sauta dans la voiture d'un mouvement de fillette.

—A tantôt!

—A tantôt!... Venez-nous prendre pour Fiesole, casa Santidio?

—Casa Santidio!


A peine seul, je sentis le poids d'un accablement tel que je n'en éprouvai jamais. A vrai dire, c'était la première fois que l'on me faisait toucher d'un peu près les choses du mariage. Quand je les avais abordées, l'automne dernier, elles étaient en réalité voilées par un désir frénétique. C'était la condition pour continuer de voir Marie; voir Marie était tout; la condition disparaissait. J'eus un instant, en voyant filer la voiture, le souvenir cuisant de ma cousine de la Julière m'énumérant des chiffres de dot dans la petite chambre de Passy où j'étais convalescent; la minute amère où je brisai avec cette bonne parente; toutes mes relations rompues par ma passion bien-aimée; ma vie depuis un an, dans le cloître d'amour que j'avais construit autour de Marie et de moi, seuls au monde! tout le banal univers disparu; l'extraordinaire vie de volupté menée dans ma retraite!... «Mon pauvre ami, où vous ai-je entraîné?»