—Hélas!

—Hélas!

Sur ce triste mot, Mme Vitellier me quitta.

Une heure après, Marie me faisait remettre ce mot:

«Pars, mon cher amour! Prends un billet pour Venise et arrête-toi à Ferrare. C'est une grande ville déserte et triste où nous serons bien. Tu m'y attendras. Ne t'étonne pas; ne t'effraie pas; n'hésite pas! Je suis résolue.

«Ta

«Marie-des-Fleurs.»

J'eusse été décidé à partir, ce seul mot m'en eût empêché. Je ne voulais pas entraîner cette enfant à sa perte. Il fallait non seulement ne pas partir, mais montrer que je n'étais pas parti.

Je passai un quart d'heure à ma fenêtre, tourné du côté de la Casa Santidio, dans l'espoir de voir paraître Marie.

Enfin elle paraît. Il faut qu'elle ait beaucoup souffert. Le cerne bleu de ses yeux des mauvais jours a rejoint la courbe de ses sourcils en un cercle complet. Je ne distingue de loin, dans sa figure de cire, que ces deux grands trous noirs où brillent les lumières de son regard qui me veut parler. Le désordre doré de ses cheveux enveloppe le visage transfiguré, tendu vers moi désespérément. La distance m'empêche de distinguer la mobilité probable de ses traits. Je ne vois que ce masque extraordinaire dirigé vers moi et dont l'angoisse et l'ardeur fixes me font frissonner jusqu'aux moelles. Est-ce la douleur ou un espoir insensé qui donnent un tel feu à cette face immobile et cependant étrangement vivante? Je suis fou; peut-être mon exaspération me rend-elle visionnaire? Je prononce malgré moi: «Ma Marie, ma petite Marie! Est-ce toi?» Mes paroles se perdent dans la distance et dans l'air indifférent. Elle a fait un signe de la main. Que signifie-t-il? Je me dis: «Si je n'étais si troublé, je le trouverais simple et compréhensible.» La peur de ne point le saisir fait que je ne sais l'interpréter. Le désespoir me prend. Ce signe est de la plus grande importance; mais mes yeux se couvrent; je ne distingue plus rien. J'essaie de me remémorer le mouvement qu'elle a fait. Je m'essuie les yeux, je veux la revoir. Elle a disparu. Ah! triple sot! elle m'a dit de la main: «Pars! pars!» c'est clair. Et sa figure est celle d'une enfant qui quitte tout pour venir à moi. Si je ne pars pas, elle m'aura devancé. Vais-je la laisser seule? Et me voici faisant mes valises.