Pour la pluie, l’année 1905-1906 a été exceptionnelle ; d’ordinaire, il pleut en été plutôt qu’en hiver.
D’après Duveyrier, la neige serait assez fréquente sur la Coudia et tiendrait parfois trois mois sur l’Ilamane. Au cours de la période août 1905-juillet 1906, l’absence de neige est expressément mentionnée sur l’Ilamane qui, de Tamanr’asset, est très en vue. L’indication de Duveyrier est probablement erronée et tient à une faute de traduction : le tamahek n’a qu’un seul mot (ar’eris) pour désigner l’eau solide sous toutes ses formes (glace, grêle, neige, gelée blanche).
Le sol de l’Ahaggar est d’ordinaire imperméable, de sorte que toute l’eau tombée se rassemble rapidement dans les vallées et s’écoule parfois à de grandes distances : les crues de l’oued Tamanr’asset dépassent parfois Timissao.
Ces crues sont extrêmement brusques : le 5 août 1905, un orage survint vers trois heures de l’après-midi à notre campement près de l’oued Tit (15 km. est d’Abalessa) ; vers cinq heures, l’oued commence à couler avec une vitesse d’environ 2 mètres par seconde ; il contient 0 m. 25 d’eau ; vers sept heures, il n’en contient plus que 0,12 et sa vitesse n’est guère que de 1 mètre ; vers neuf heures il est à sec.
Cet exemple est insignifiant ; mais parfois l’eau est assez profonde pour noyer un homme ; on trouve souvent accrochés aux branches, à deux ou trois mètres du sol, des débris qui n’ont pu être amenés que par les crues. A la suite de ces orages, les alluvions sont largement mouillées et peuvent conserver d’importantes réserves d’humidité, que la structure du pays rend assez facilement utilisables.
Plus au sud, les régions élevées comme l’Aïr ou l’Adr’ar’ des Ifor’as appartiennent, par leur climat, au Soudan et présentent une saison de pluies régulières.
A notre arrivée dans l’Adra’r’, à In Ouzel, le 23 juin 1905, il pleuvait depuis deux ou trois semaines ; l’état de la végétation herbeuse qui sortait du sol toute fraîche, confirmait les indications des indigènes ; jusqu’à la fin de notre séjour (28 juillet) il a été noté 10 jours de pluie.
En 1907[104], le 6 mai, un gros orage forme dans l’oued Tekakand de beaux aguelmans. Il est probable que cet orage isolé est exceptionnel et que la saison pluvieuse ne commence régulièrement qu’un peu plus tard. Voici, pour la première quinzaine de juin, les observations de Dinaux : le 30 mai, une heure de pluie violente à quatre heures du soir ; le 2 juin, trois heures de pluie torrentielle (entre trois heures et huit heures du soir) : l’oued Eferir est transformé en un marécage de deux kilomètres de large ; le 8 juin, une demi-heure de pluie violente (trois heures du soir) ; le 9 juin une heure d’averses intermittentes (quatre heures) ; le 12 juin, pluie torrentielle de trois à six heures du soir. L’Oued in Ouzel coula une partie de la nuit.
Le caractère particulier de ces crues a déjà été indiqué ; à cause de la largeur des vallées, elles ne sont jamais violentes ; la nappe d’eau n’a pas de profondeur et le courant n’est pas rapide, sauf peut-être dans quelques oueds de montagne.
Cette saison des pluies de juin, juillet, août paraît très régulière et chaque région de l’Adr’ar’ reçoit trois ou quatre grandes tornades chaque année, habituellement dans la soirée : c’est vers quatre ou cinq heures de l’après-midi que le ciel commence à se couvrir ; les nuages apparaissent souvent au sud-est.