Fig. 57. — Le coup de brume du 8 août 1905 à Tit.
Aspect vers 8 h. 1/2. — Les collines du second plan sont masquées.
Les orages secs sont fréquents dans tout le Sahara, mais ce sont habituellement des orages de sable ; ils charrient de menus projectiles quartzeux dont le choc est parfaitement perceptible ; les tourbillons de sable, les djinn valseurs, sont également fréquents. Mais sous quelque forme qu’ils se présentent, les nuages de sable s’élèvent peu et disparaissent dès que le vent tombe ; au contraire, les poussières argileuses sont lentes à se disperser ; elles restent dans l’atmosphère où elles créent des brumes épaisses qui persistent tant que l’air n’a pas été lavé par la pluie.
Pour les Touaregs, l’apparition de ces brumes dans le Tanezrouft est un signe certain que la saison des pluies est commencée au Soudan ; la liaison entre les tornades et ces nuages de poussière soulevée par le vent paraît en effet évidente.
Il semble aussi facile de comprendre pourquoi ces brumes sont localisées dans la partie méridionale du Sahara : dans le désert, les alluvions ont depuis longtemps été remaniées par le vent ; toutes les fines poussières en ont été enlevées et elles sont allées tomber dans l’Atlantique ; le sable a édifié les dunes ; il ne reste plus dans les vallées, sur les regs, que du sable grossier et des cailloux. Si l’on creuse un peu, on trouve, à une dizaine de centimètres de profondeur, des alluvions plus normales avec des argiles, mais le manteau de graviers qui les couvre les met hors d’atteinte du vent. Les crues peuvent bien remanier ces alluvions, et ramener les poussières au jour ; mais, loin des régions montagneuses, les crues sont un accident bien rare et il n’y a guère à en tenir compte.
Dans l’Ad’rar’ des Ifor’as, dans l’Ahaggar, dans l’Aïr, les alluvions sont restées argileuses ; les oueds y coulent tous les ans ; la poussière qui a été enlevée de la surface de leurs vallées par les tornades, est sans cesse renouvelée par l’action des eaux dont les remous, à chaque crue, ramènent au jour les parties profondes des alluvions ; soumis à des alternatives de sécheresse et d’humidité, les feldspaths des roches cristallines, tous plus ou moins kaolinisés, s’effritent peu à peu, et préparent ainsi de nouveaux matériaux pour les brumes que provoquent les tornades.
La liaison entre la pluie et les brouillards secs est très nette et très profonde.
Les brumes sont fréquentes dans tout le Soudan, et en relation aussi avec les tornades ; je ne crois pas qu’elles y atteignent jamais une intensité comparable à celles qu’elles présentent parfois au désert : on voit toujours assez clair pour se diriger et pour suivre le guide.
Les cultivateurs noirs ont la plus grande estime pour ces brouillards secs : « Quand ils ont été fréquents, la récolte est bonne », disent-ils. Cette croyance peut très bien ne pas être absurde ; les années très brumeuses sont sans doute aussi des années très pluvieuses ; la grande extension des incendies de brousse au Soudan rend probable que, à l’argile, s’ajoute un bon engrais, les cendres végétales, dans la formation des nuages de poussière.