Au sud de la Coudia, des plateaux très comparables, encore assez mal connus sauf en quelques points, commencent un peu à l’est d’In Azaoua et s’étendent vers l’ouest jusqu’au nord de Tombouctou.

Dans la région de Timissao (tassili Tan Adr’ar’), ils sont constitués par des grès de couleur claire à patine foncée, que l’érosion a souvent découpés en colonnes et en obélisques ([Pl. III]) ; leur puissance est d’une centaine de mètres, beaucoup moindre que dans l’Ahnet où l’Éodévonien a 300 mètres d’épaisseur. De plus le niveau argileux qui, intercalé au milieu des grès joue un rôle assez considérable dans le plateau du Nord, n’a ici aucun représentant, sauf peut-être à l’oued El R’essour. Quelques Bilobites à l’entrée de la gorge de Timissao et d’autres beaucoup plus à l’est, près d’Assiou (Foureau), sont des documents paléontologiques un peu maigres pour affirmer l’âge dévonien de toute cette formation ; ils confirment cependant l’impression que donne l’identité d’aspect avec les grès de l’Ahnet. De plus, au cours de la tournée à Taoudenni qui a suivi longtemps la bordure nord de ces plateaux, Mussel[6] a trouvé à Bekati El Bess, près de Sounfat, quelques fossiles (Productus, Rhynchonella, Spirifer) que Flamand considère comme dévoniens. L’âge de ces grès peut donc être considéré comme assez bien établi.

Fig. 5. — Gours dévoniens, dans le Tiniri, au sud d’In Azaoua.

Ces tassili forment une longue bande, limitée vers le nord par une falaise ; elle est interrompue et découpée en plusieurs plateaux (Timissao-Tirek-In Ameggui-Tin Ghaor) autour de l’Adr’ar’ des Ifor’as qui, grâce à son altitude élevée (1000 mètres) a été un centre hydrographique important : l’érosion fluviale explique la formation des témoins que nous venons d’indiquer.

La bordure méridionale de ce très long plateau est encore mal connue : dans la région d’In Azaoua, il n’y a pas de falaise continue, mais une série de gours isolés ([fig. 5]). Foureau [Doc. Sc., I, 191, et Cartes, Pl. III] a figuré des paysages identiques dans le Tagharba, au nord d’In Azaoua. De Timiaouin jusqu’au Timetrin, le capitaine Cauvin me signale une série de plateaux gréseux qui, vers le Nord, vont rejoindre ceux qu’a vus le colonel Laperrine.

Les grès dévoniens qui constituent ces plateaux sont horizontaux dans l’ensemble, avec quelques dérangements locaux, comme dans le tassili du nord dont ils reproduisent l’allure stratigraphique.

L’un des plus nets se trouve à une journée de marche au sud de Timissao : deux failles parallèles, orientées presque exactement est-ouest et distantes d’un kilomètre à peine, ont surélevé un lambeau de Silurien, dont le sommet a été porté à hauteur du tassili. Ce Silurien est surmonté de quelques aiguilles de grès bien visibles au sud des r’edir de Tin Azaoua, r’edir dont il est la condition.

C’est une dénivellation d’une cinquantaine de mètres au moins. L’oued Tichek a profité de ces failles pour creuser sa vallée et il a mis a nu de belles surfaces de grès dévoniens parfois polies comme un miroir, plus souvent cannelées ou striées. Sur le plateau, en amont de l’oued Tichek, la faille est bien jalonnée par une brèche de friction, large de quelques décimètres [Cf. Bull. S. Géol. de Fr., VII, 1907, p. 325].

Ces failles se prolongent à l’ouest de l’oued En Nefis où l’on voit une gara dévonienne portée par un socle silurien en saillie notable.