Le tassili de Timissao est limité presque partout par une falaise à pic formée de couches horizontales ; cependant au point où la piste de Tin Azaoua à Silet descend du plateau, pendant une centaine de mètres, le Dévonien plonge de 45° vers l’ouest : grâce à ce petit accident la descente de la falaise est singulièrement facilitée ; presque partout ailleurs elle forme une haute muraille infranchissable qu’il faut contourner ; les petits oueds qui en descendent l’ont à peine entaillée et leurs rives ne sont pas praticables ; le petit lac de Tamada, situé dans l’un d’eux, est d’un abord difficile pour les chameaux.
Dans le tassili de l’oued Tagrira, les failles et les diaclases sont particulièrement abondantes et ce plateau est une véritable chebka ; il y a eu aussi bossellement de la surface, et l’aguelman de l’oued El R’essour occupe le centre d’une cuvette synclinale ; les plongements ne dépassent pas d’ailleurs quelques degrés.
On retrouve les mêmes caractères tectoniques dans les tassili du nord.
Vers l’est, d’après les indications de Nachtigal [Sahara et Soudan, p. 283], le Dévonien du tassili des Azdjer se prolongerait jusqu’au Tibesti et au Kaouar.
Le commandant Gadel[7] donne quelques détails sur le plateau qui, à quelque distance à l’est, domine d’une centaine de mètres l’oasis de Bilma (Kaouar). La muraille qui la limite serait formée de grès et de schistes ; entre les blocs éboulés se trouvent de nombreuses cavernes qui, en cas d’alerte, servent de refuge aux habitants de l’oasis.
Ces renseignements ne permettent sûrement pas d’affirmer que l’on a bien affaire à du Dévonien ; j’ai cependant maintenu l’indication du Dévonien sur la carte auprès de Bilma, ne serait-ce que pour rappeler l’existence de ce plateau et les questions qu’il soulève. Parmi les échantillons que le sergent Lacombe a, tout récemment, envoyés au Muséum, quelques grès blancs à ciment siliceux, provenant des hauteurs voisines de Fachi, rappellent, par leur aspect, les roches éodévoniennes.
Beaucoup plus à l’ouest le Dévonien est connu. Dans son exploration en Mauritanie, Dereims, d’après les renseignements oraux qu’il a bien voulu me donner, l’a rencontré dans l’Adr’ar’ Tmar dont l’oasis d’Atar occupe le centre. Ce Dévonien est fossilifère : Dereims y avait recueilli des Spirifères, que la fin malheureuse de l’expédition l’a empêché de rapporter en Europe. Il est constitué comme celui de Timissao par des grès légèrement ferrugineux ; les sections fraîches sont de couleur claire, rougeâtre, mais la roche en place est couverte d’une patine noire. Lorsque l’on vient de l’Ouest, on quitte les terrains quaternaires vers Touizikt, à 150 kilomètres du littoral atlantique. La marche se poursuit pendant 200 kilomètres sur des gneiss, des micaschistes, des phyllades, des quartzites et de rares cipolins, d’affleurements nord-sud. Ces assises siluriennes, lardées de diabases, d’abord presque verticales, n’ont plus qu’un plongement assez faible vers l’est, au pied de la muraille d’Atar ; elles forment une pénéplaine qui ne diffère que par sa moindre altitude et son ensablement du tanezrouft d’In Zize et qui se prolonge vers le nord au moins jusqu’au Rio de Oro.
La muraille d’Atar est une falaise, haute d’au moins 120 mètres et qui, du nord au sud, se poursuit sur une très grande longueur ; on la retrouve peut-être plus au sud, dans le Tagant ; elle est constituée par les grès dévoniens. Dereims y signale quelques bancs plus schisteux et plusieurs niveaux calcaires.
Cette haute falaise franchie, on arrive sur un plateau formé de couches légèrement inclinées vers l’est, d’une quinzaine de degrés. Au point le plus bas se trouve l’oasis d’Atar. Un peu plus loin, une seconde falaise, due sans doute à une faille, délimite à l’ouest un second plateau sur lequel se dresse l’oasis de Chingueti.
Cette région d’Atar est bien encore une région tabulaire ; les plissements hercyniens ne s’y sont pas fait sentir.