Dans les chotts et les sebkhas, lorsque le sel est trop abondant, la végétation fait complètement défaut ; mais parfois, sur le sel, s’établissent des buttes de sable qui se couvrent de végétation : à la base, tout contre le sel, des salsolacées à feuilles charnues (Suæda, Halocnemum etc.) ; un peu plus haut, un arbuste tout couvert de sécrétions salines, le zeita (Limoniastrum Guyonianum Coss. et Dur.), que ses fleurs roses font reconnaître de loin, enfin tout au sommet de la butte, lorsqu’elle atteint quelques mètres, des tamarix.

Sur les sols argileux moins salés, domine le guétaf (Atriplex halimus L.), parfois l’harmel (Peganum harmala L.).

La localisation si précise de ces végétaux est déterminée par de bien faibles variations dans la salure et l’humidité du sol : chaque espèce reste strictement cantonnée dans sa zone. Lorsque les conditions de milieu ne varient pas, une seule espèce se développe : souvent au Sahara on marche quelques heures au milieu d’un pâturage, où une seule espèce de plante a pu pousser.

Dans le désert pierreux, sur les hammadas, qui, au Sahara algérien, sont calcaires, dominent de petits arbrisseaux à feuilles et à tiges velues. La végétation y est très clairsemée, très rabougrie ; son revêtement pileux lui donne la teinte grise des rochers sur lesquels elle pousse. A peu près seuls, le câprier (Capparis spinosa L.), d’ailleurs assez rare, et une ombellifère très commune au M’zab, le Deverra chlorantha Coss. et Dur., sont glabres ; la seconde est à peine verte ; quant au câprier, ses feuilles arrondies, de 4 à 5 centimètres de diamètre, le séparent nettement de presque toutes les plantes sahariennes dont les organes foliaires sont en général très réduits.

Les dunes sont les parties les plus riches du désert ; cette richesse est d’ailleurs toute relative et le botaniste n’y fait que de maigres récoltes. La plante peut-être la plus répandue dans l’erg est probablement le « drinn » (Aristida pungens P. B.) une graminée qui forme le fond de pâturages excellents. A part quelques différences dans l’inflorescence, le drinn rappelle assez bien l’oyat (Ammophila arenaria Rœm.) qui se trouve sur toutes les dunes maritimes de l’Europe, qu’il contribue à fixer : ces deux graminées poussent par touffes isolées, avec des feuilles assez serrées, raides et piquantes et d’un ton un peu glauque.

Les arbrisseaux sont représentés par des légumineuses dont les rameaux sans feuilles simulent le genêt d’Espagne ; l’une des plus répandues, le r’tem (Retama Retem Webb.) est couvert en mars et en avril de belles fleurs blanches ; l’alenda (Ephedra alata) et le harta (Calligonum comosum L’Her.), également dépourvus de feuilles, sont fréquents aussi dans l’erg.

Dans le Sahara arabe, où dominent les ergs presque toujours couverts de pâturages, il est rare que la végétation fasse longtemps défaut ; il n’y a pas, à proprement parler, de tanezrouft.

Au contraire, d’une manière générale, au Sahara touareg, de même que dans le nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as et de l’Aïr, la végétation, quand elle existe, est limitée aux oueds. Dans la pénéplaine cristalline, comme dans le Tiniri, cette limitation est stricte : quelques touffes d’arbrisseaux desséchés suffisent presque à prouver un thalweg ; dans l’Ahaggar, lorsque l’on examine d’un point élevé une région étendue, le réseau hydrographique est nettement dessiné par la végétation qui y est moins clairsemée que sur les collines voisines ; dans les petits oueds, dominent des stipées dont les panaches murs simulent un ruban de soie blanche ; dans les oueds plus larges, la végétation plus variée donne des tons le plus souvent d’un vert glauque, avec quelques taches vert franc.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. XVII.