La photographie ([Pl. IV, 7]) prise près d’In Amdjel donne une idée nette de cet aspect.

D’ailleurs le mot de prairie ne convient pas exactement aux formations de l’Ahaggar. En géographie botanique, les prairies sont caractérisées par un tapis végétal continu où dominent les graminées à feuilles molles ; le diss du massif touareg ne contient que des graminées à feuilles raides et dures, parmi lesquelles domine l’Eragrostis cynosuroïdes Retz. A cause de sa végétation sclérophylle, il vaudrait peut-être mieux dire la steppe, bien que les graminées ne poussent pas par touffes et forment un véritable gazon.

Les coulées basaltiques sont partout des réserves d’eau importantes ; en général, à leur contact avec les terrains imperméables il s’établit une riche végétation de plantes hygrophiles, parfois à larges feuilles. J’ai noté près de Tit, au pied de la coulée qui couronne le plateau où se trouvent les belles tombes représentées dans le premier volume [p. 72, [fig. 2,] a] de grandes bourraches, à près de vingt mètres au dessus de l’oued.

Avec sa végétation variée, l’Ahaggar n’est qu’un demi-désert.

On en peut dire autant des tassili : la surface des plateaux est en général très dénudée, mais il suffit d’une cuvette en contre-bas de quelques mètres pour que quelques plantes s’y montrent ; les cañons qui découpent les tassili contiennent tous, dans leur fond, des pâturages assez variés et souvent riches ; mais leurs parois sont peu garnies ; elles portent à peine autant de plantes que celles des Causses ; à première vue on se croirait dans une région de plateaux calcaires, bien plutôt que dans des grès, qui par leur perméabilité retiennent facilement l’humidité et, dans nos climats, sont habituellement plus fertiles.

Fig. 64. — Contreforts méridionaux de l’Ahaggar vus des oueds Tilenfeda (une journée à l’ouest de l’Arigan).

A gauche, gazon de diss (Eragrostis) avec quelques talah. A droite, quelques teborak auprès du filon de porphyre qui barre partiellement la vallée. Dans le lit de l’oued, quelques touffes très rares de mrokba. Si, au lieu d’arbustes, il y avait des arbres, ce serait une végétation de parc.

Quant aux tanezrouft, leur caractère propre est la stérilité ; on n’y trouve rien, si ce n’est, de loin en loin, quelques talah et quelques herbes rabougries dans le lit d’un oued. L’oued Takamat qui avait coulé en 1898, sept ans avant notre passage, contenait encore un maigre pâturage.

Le plus souvent, pour traverser ces régions déshéritées, il faut emporter des fourrages pour les chameaux et un peu de bois pour la cuisine.