Les adaptations. — Au Sahara, les végétaux n’ont guère à lutter que contre un seul ennemi, la sécheresse.
Ils y arrivent par de multiples procédés ; l’un des plus simples est purement physiologique : la plante, au lieu de s’astreindre à lutter péniblement contre la sécheresse, a pris le parti de vivre vite : profitant de la moindre averse, la graine germe rapidement, les fleurs s’épanouissent de suite et de nouvelles graines arrivent à maturité avant que le sol ait perdu ses dernières traces d’humidité.
Un certain nombre de plantes annuelles sont dans ce cas ; elles poussent partout, même en plein tanezrouft, au hasard d’un orage, et ne fournissent aucun caractère de zone botanique ; elles sont « hygrophiles » et leur structure anatomique est celle des plantes de nos climats.
Elles sont souvent en pleines fleurs avant que leurs cotylédons soient flétris. Cette végétation éphémére d’acheb et de n’si[118] ne semble guère varier de l’Algérie au Soudan ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as comme dans l’Aïr, on retrouve les mêmes espèces, ou tout au moins des formes très voisines, avec des dimensions plus grandes ; sauf les graminées, toutes ces plantes rampent sur le sol (elles n’ont pas le temps de lignifier leurs tissus) ; mais les cercles qu’elles couvrent de leurs rameaux, portant fleurs et fruits, varient de quelques centimètres de rayon, lorsque la pluie a été médiocre, à 1 m. 50 et plus lorsque l’humidité ne fait pas défaut. Ce sont des plantes éphémères, dont la vie ne dure que quelques semaines.
On peut rattacher à ce mode d’adaptation, le raccourcissement de la vie, l’exemple du Malcolmia Ægyptiaca Spr. et de l’Echinopsilon muricatum Moq. qui, habituellement vivaces dans le bassin de la Méditerranée, deviennent annuels dans les dunes du Souf (Massart).
On peut encore en rapprocher, comme dépendant immédiatement de la pluie, un petit nombre de plantes grasses telles que l’Aizoon canariense L., divers Mesembryanthemum, qui excellent à emmagasiner dans leurs tissus l’eau d’une averse, mais qui meurent dès que leurs réserves, qu’elles ne savent ou ne peuvent pas entretenir, sont épuisées.
Plus nombreuses et plus caractéristiques sont les plantes dont la vie dépend des eaux souterraines[119]. Leurs racines s’enfoncent profondément dans le sol ; Volkens a souvent essayé d’arracher, avec toutes leurs racines, quelques plantes du Sahara ; il a toujours échoué même pour des herbes dont il suivait les racines à 1 ou 2 mètres de profondeur : un petit spécimen de Calligonum comosum L’Her. à peine haut comme la main avait, à 1 m. 50 de profondeur, des racines encore grosses comme le doigt. Lorsque l’on a creusé le canal de Suez, on a trouvé, dans le lit du canal, des racines qui provenaient d’arbres situés sur des mamelons assez éloignés des travaux.
Quelques plantes, comme la coloquinte, ne semblent avoir d’autre adaptation que le développement énorme de leur appareil souterrain.
La structure anatomique des plantes sahariennes présente un grand nombre de caractères de convergence, qui leur imprime à toutes un aspect analogue : le plus souvent, elle se présentent sous forme de touffes ligneuses que la sécheresse réduit à l’état de squelettes grisâtres. Ce sont des momies toujours prêtes à la résurrection et qui peuvent attendre fort longtemps le retour de l’humidité : sitôt après les pluies, après les crues ou un afflux d’eau souterrain, elles se couvrent rapidement de rameaux verts, en général succulents. Leurs puissantes racines, dont les vaisseaux sont relativement fort larges, leur permettent de profiter sans délais de la moindre humidité, en même temps qu’elles les fixent solidement au sol et empêchent le vent de les en arracher ([Pl. XXIII]).
Dans les parties aériennes, au contraire, les vaisseaux sont étroits ; tout l’épiderme, celui de la tige, comme celui des feuilles, est organisé pour restreindre l’évaporation ; il présente partout le même aspect ; le dessus et le dessous des feuilles sont souvent identiques. Cet épiderme est fréquemment revêtu d’une cuticule épaisse, parfois d’un manteau pileux, protection contre les grains de sable charriés par le vent, protection surtout contre les pertes d’eau. Cette épaisseur de la cuticule, qui masque la coloration verte de la chlorophylle, donne aux plantes du désert une teinte vert-grisâtre toute spéciale.