Défense contre les animaux. — On a souvent supposé que, au Sahara, la lutte devait être particulièrement dure et acharnée entre les végétaux et les herbivores ; il ne semble pas qu’elle présente un caractère d’acuité particulièrement grave ; si la végétation est très clairsemée au désert, les animaux y sont encore plus rares.

On a voulu voir dans les épines une défense efficace contre la dent des mammifères ; en réalité les plantes épineuses ne sont pas beaucoup plus abondantes au Sahara qu’ailleurs. Les épines sont, en tous cas, une bien mauvaise défense, et les chameaux mangent avec grand plaisir les jeunes rameaux du talah : ils prennent la branche un peu haut et la font passer entre leurs dents comme dans une filière ; toutes les feuilles sont arrachées et les épines, que cette manœuvre couche le long de l’écorce, deviennent sans danger.

Il n’y a guère que les plantes vénéneuses qui semblent bien défendues : elles sont parfois très abondantes dans les points où passent de nombreuses caravanes ; Massart a fait remarquer que, autour des villes du M’zab, l’harmel (Peganum harmala L.) prenait une ampleur inusitée : toutes les plantes comestibles qui poussent à côté de lui sont impitoyablement mangées par les chameaux, et ce « sarclage, » constamment renouvelé, lui assure une victoire facile : à lui seul, il couvre le sol. En quelques points de la zone sahélienne, l’Ipomæa asarifolia fournit peut-être un exemple analogue. Il est difficile de savoir jusqu’à quel point ce mode de protection est efficace : le Calotropis procera a la réputation d’être toxique ; à Iférouane les chèvres et les bœufs ne le mangent guère, surtout quand il est sec. Le Dœmia cordata, une asclépiadée, est brouté sans danger en Mauritanie par tous les chameaux ; dans l’erg, les Chaambas le redoutent. Y a-t-il, dans certaines régions, accoutumance des chameaux à quelques poisons ou bien les plantes, comme on en connaît quelques exemples authentiques, ont-elles modifié la nature chimique de leurs sécrétions ? Il est difficile de répondre.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. XX.

Cliché Posth

37. — L’ÉTANG PERMANENT DE KEITA.

Adr’ar’ de Tahoua.

Cliché Posth