Le mrokba (oum rokba, bou rokba) n’est guère mieux défini ; ce nom s’applique à de nombreuses graminées (Panicum turgidum Forsk., Pennisetum dichotomum Forsk., etc.) à tiges d’ordinaire fasciculées et nettement genouillées aux nœuds : c’est sans doute à cette particularité qu’elles doivent leur nom arabe[126] (rokba, genou).
Le doum est en Algérie le nom du palmier nain (Chamærops humilis), en Égypte et au Soudan du Cucifera thebaïca. En Syrie, le doum serait, paraît-il, le fruit d’un jujubier, le Zizyphus Spina Christi.
Il serait facile d’allonger indéfiniment cette liste, mais les quelques exemples donnés me paraissent suffisants pour montrer que, pas plus chez les nomades que chez les paysans d’Europe, les noms vulgaires n’ont un sens bien défini. Quelques plantes, comme chez nous le chêne ou le châtaignier, sont connues de tous et sous le même nom ; d’autres qui présentent, au point de vue utilitaire surtout, quelques caractères communs, sont désignées sous un nom unique : le mrokba est un bon pâturage, au contraire du diss dont l’âne seul consent à manger. Dans une description d’itinéraire, l’emploi de ces noms est sans inconvénient, et il a le gros avantage de définir assez exactement et en peu de mots la valeur alimentaire d’un oued ou d’une nebka. Mais cet emploi devient dangereux dès qu’à côté du nom vulgaire, on accolle, à coups de dictionnaire, un nom scientifique qui le plus souvent est choisi à faux, et fait croire que certaines espèces, très localisées, ont une extension géographique considérable ; il est impossible d’utiliser, pour des recherches précises, des indications qui ne reposent pas sur des déterminations faites au laboratoire par un spécialiste compétent.
L’emploi du nom technique, malgré sa forme souvent ridicule, est nécessaire et peut seul conduire à des conclusions rigoureuses à condition qu’il n’ait pas été donné au hasard.
Ceci justifiera, je pense, les quelques remarques[127] qui suivent sur diverses plantes du Sahara et du Sahel, remarques insuffisantes toutefois pour une étude précise.
Atil. — Une essence qui n’apparaît que vers R’at et dans la partie méridionale de l’Ahnet est l’iatil (atil, adjar). C’est un arbre de 4 à 5 mètres de haut à feuilles entières, à branches dressées, à écorce grise et lisse, qui, chez les Touaregs, a mauvaise réputation : demeure habituelle des djinns et des éfrits, il est dangereux la nuit de reposer à son voisinage à moins que quelques coups frappés violemment sur le tronc n’aient mis le génie en fuite ; presque tous les iatils ont leur écorce tailladée de coups de sabre ; souvent, dans les régions sablonneuses, une grosse pierre, posée religieusement entre les branches de l’arbre, permet au passant désarmé de célébrer le rite et de dormir sans crainte. Cette même légende se retrouve au Soudan et en Mauritanie.
Ce nom s’applique au moins à deux arbres différents, appartenant tous deux à la même famille, et dont le fruit est comestible ; Mœrua rigida R. Br. et le Cadaba farinosa Forsk. Mœrua (20 espèces) est un genre de l’Afrique tropicale, de l’Arabie et de l’Inde ; Cadaba (14 espèces) se trouve dans les mêmes régions, et en plus dans l’Afrique australe.
Boscia senegalensis. — Un arbuste à port d’arbousier, à feuilles luisantes et assez grandes, le Boscia Senegalensis Lam. [tadan (tam.), berei (bambara), hauza (haoussa)] est commun dans toute la zone sahélienne ; dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, j’ai noté les premiers pieds à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d’In Ouzel dans l’oued Tessamak ; dans l’Aïr, il est fréquent autour d’Iférouane. Je ne l’ai jamais vu plus au nord et je ne sais ce que vaut l’indication de Foureau qui le signale [Doc. Sc., I, p. 498] près de Tadent (23° Lat. N.).
Cet arbuste descend très loin vers le sud, jusqu’au voisinage du 9° de latitude. Son fruit est comestible ; les nomades le récoltent avec soin et on le vend sur le marché de Tombouctou.
Au genre Boscia, appartiennent 3 espèces de l’Afrique tropicale et australe. — Cadaba, Mœrua et Boscia, comme le câprier, sont des Capparidées.