Les formes d’eau douce sont plus intéressantes et plus nombreuses : le Planorbis salinarum Morelet, décrit de l’Angola, remonte jusqu’à l’Ahaggar (Abalessa) et au Touat ; le Melanopsis Maresi Bourguignat descend jusque dans l’Iguidi où il a été recueilli par le capitaine Mussel.
La facilité avec laquelle se fossilisent les mollusques permet dès maintenant d’entrevoir que leur étude donnera la solution de quelques questions hydrographiques importantes : le Melania tuberculata, Müller, est une espèce nettement tropicale que l’on connaît déjà dans le Pliocène d’Algérie : il est assez vraisemblable qu’elle y est venue par le Niger et la Saoura, autrefois affluents tous les deux de la mer de Taoudenni.
L’Aetheria elliptica Lam. avec ses nombreuses variétés[138], qui forme actuellement dans tous les fleuves de l’Afrique tropicale des bancs assez importants[139] pour qu’on les utilise à la fabrication de la chaux, paraît une nouvelle venue dans le Niger.
On ne la connaît pas au nord de ce fleuve et l’on peut croire qu’elle n’a pu pénétrer, de la région du Nil, dans l’Afrique occidentale que depuis la capture du Niger à Tosaye : on la trouve en effet dans tous les affluents du Tchad, même le Bahr El Ghazal (Chevalier), et elle existe dans le Quaternaire égyptien.
Il est évidemment prématuré de tirer des conclusions fermes de ces quelques faits, mais la voie est bonne à suivre : toute récolte de mollusques, au Sahara ou dans la zone sahélienne, peut donner de très utiles renseignements.
Batraciens et reptiles. — Les batraciens anoures sont assez fréquents au Sahara ; il y a des grenouilles (?) à El Goléah, dans les oasis touatiens, dans les ar’rem de l’Ahaggar ; elles ne sont pas rares dans l’Aïr, ni dans les mares les moins salées des Teguidda. On sait combien ces animaux sont sensibles à la sécheresse ; on sait aussi que leurs œufs sont très délicats et ne peuvent pas être transportés accidentellement, par le vent ou les oiseaux. En règle générale, il n’y a pas de batraciens dans les îles océaniques.
Leur existence, en des points isolés comme El Goléah ou l’Ahaggar, est le témoignage d’un état hydrographique différent, d’une période où des cours d’eau continus reliaient ces différents points à d’autres bassins fluviaux. L’étude précise des différentes espèces pourra permettre d’affirmer des relations anciennes entre les divers bassins et apportera de nouveaux arguments, très solides, à la reconstitution des réseaux hydrographiques du Sahara. Cette étude est encore à faire entièrement.
Quant aux reptiles, il sont nombreux. Le groupe des lézards est abondamment représenté ; les espèces sont malheureusement encore indéterminées. Il y a surtout des agames, des geckos, des varans.
On a souvent insisté sur la coloration gris jaunâtre de beaucoup d’espèces sahariennes ; l’homochromie est en effet assez fréquente ; cependant, à l’époque de la pariade, beaucoup de lézards prennent des couleurs très brillantes ; en juillet et août, dans l’Adr’ar’ et l’Ahaggar, un agame à tête rouge, avec un corps vert et violet, se distingue de fort loin sur la patine noire des rochers, où il est d’un effet très décoratif.
Les uromastix (fouette-queues) se rencontrent depuis le Sud algérien jusqu’à l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Ahaggar. Ils deviennent presque noirs dans la région basaltique de Silet.