Les tortues sont assez communes dans la zone sahélienne où l’on en trouve fréquemment une forme voisine de la tortue d’Algérie, mais beaucoup plus grosse (elle dépasse souvent une longueur de 50 centimètres) et présentant trois ergots aux pattes postérieures.

Les serpents sont communs. Le plus souvent cité, la vipère à cornes (Cerastes), semble ne pas exister partout : très commune dans le Grand Erg et l’Iguidi, on la retrouve sur le littoral de Mauritanie ; vers le sud elle abonde dans les dunes de l’Ahnet, au delà duquel elle disparaît. On ne la trouve ni dans le tanezrouft d’In Zize, ni dans l’Ahaggar[140] : ses pistes sont tellement caractéristiques qu’il paraît difficile que sa présence puisse échapper.

Son existence est très douteuse dans l’Adr’ar’ des Ifor’ass ; on affirme sa présence dans les dunes qui bordent le Niger ; je n’ai pu avoir la confirmation de ce fait ni à Bourem ni à Bemba. Boulenger [Catalogue of the snakes in the British Museum, 1896] indique que les deux espèces du genre Cerastes ne se trouvent que dans la partie septentrionale du désert, de l’Arabie à l’Atlantique. Leur distribution géographique coïnciderait en gros avec celle des Ergs vivants ([fig. 69,] p. 245) [Cf. Mocquart, Revue coloniale, 1905].

Oiseaux. — Les oiseaux sont rares au Sahara ; quelques vautours, de couleur claire, suivent les caravanes ; les « ganga » se trouvent dans tous les pâturages ; les tourterelles (2 espèces au moins) et les pigeons sont communs autour de tous les points d’eau. Dès qu’on arrive à la zone sahélienne, ce monde des oiseaux est presque entièrement renouvelé et les formes soudanaises se montrent en grand nombre. J’ai noté les mange-mil, les moineaux du Soudan (famille des Viduinés)[141], à Timiaouin dans l’Adr’ar’ et à Iférouane dans l’Aïr. Les perroquets se montrent à Tin Teborak (15°,30′ Lat.), dans le Tegama. La corneille à plastron (Corvus scapulatus D.) abonde dans toute la zone sahélienne, du Tchad à l’Atlantique, de même que la grande outarde et la pintade.

La pintade est souvent domestique et l’on en rencontre dans tous les villages du pays haoussa. Comme il arrive à tous les animaux de basse-cour, son plumage devient très variable et prend souvent des couleurs claires ou presque blanches ; c’est probablement, comme il l’avait pressenti, à ces variétés domestiques d’origine indigène, qu’appartenaient les pintades signalées par Maclaud comme provenant du haut Niger [l. c., p. 257].

L’autruche. — La distribution de l’autruche soulève au moins une question intéressante ; elle est toujours assez répandue dans la zone sahélienne à l’état sauvage ; dans un grand nombre de villages, en pays haoussa comme sur les bords du Niger, on élève des autruches qui sont assez domestiquées pour qu’on les laisse en liberté dans les champs voisins. Les autruches sont plumées vers le mois de juillet ; pendant quelques semaines, ces grandes bêtes, toutes nues, font un effet hideux dans le paysage. La plupart des plumes que l’on trouve sur le marché proviennent de cet élevage, que les noirs savent fort bien pratiquer.

On sait que l’autruche a été commune dans le Sud algérien d’où elle a disparu depuis quelques années. On a habituellement expliqué cette disparition par les chasses abusives des officiers des bureaux arabes. Il peut se faire que cette cause ait contribué à l’extinction des autruches, mais cette explication cesse d’être valable plus au sud ; elle est probablement fausse, ou tout au moins incomplète. Tous les nomades sont d’accord pour dire qu’il y a une cinquantaine d’années, les autruches étaient communes dans tout le Sahara ; Duveyrier mentionne expressément que, dans l’Ahaggar, on ne le chassait pas parce que leurs plumes, usées contre les rochers, n’avaient pas de valeur marchande, et que les Touaregs s’abstiennent de la chair des oiseaux.

Les témoignages unanimes des indigènes sont confirmés par la grande abondance des œufs que l’on trouve souvent, presque intacts, à la surface du sol, dans toutes les parties du Sahara ; ces œufs se trouvent aussi bien dans les feidjs entre les dunes que dans les grands regs du tanezrouft, toujours loin des oasis : on a souvent dit, et l’on trouve encore dans des manuels récents, que l’autruche n’habitait pas le désert, qu’elle ne faisait que le traverser, allant d’oasis en oasis, comme les grands voiliers de l’Océan vont d’île en île ; ceci est tout à fait inexact et l’autruche n’a jamais été signalée que loin des centres habités ; les oasis sont d’ailleurs occupés entièrement par des jardins soigneusement enclos et nul animal sauvage de forte taille n’y peut pénétrer. L’autruche a presque disparu de tout le Sahara ; pendant son beau raid dans l’Iguidi, Flye Sainte-Marie, en a vu une seule piste ; Voinot a aperçu deux ou trois autruches dans l’Amadr’or ; les rapports de tous les officiers des oasis permettraient peut-être d’augmenter ce chiffre de quelques unités et l’on sait quel nombre colossal de kilomètres ils ont couvert.

Au désert, ce n’est certes pas la chasse que l’on peut invoquer pour expliquer cette raréfaction. Un changement de climat est invraisemblable, qui aurait supprimé les points d’eau : notre guide nous affirmait avoir souvent vu, dans son enfance, des autruches entre l’Ahaggar et l’Aïr ; la piste n’a pas changé ; la description que, par renseignements il est vrai, Barth avait recueillie en 1850 est encore parfaitement exacte : ce sont les mêmes puits, et les mêmes pâturages ; les gazelles et les mohors ne sont pas rares le long de cette piste et tous ceux que nous avons tués étaient en fort bon état, preuve qu’ils vivaient largement. Une épidémie, ou ce qui revient au même, une épizootie, ne se comprend guère dans une population aussi disséminée que celle du désert et sous le soleil purificateur du Sahara.

De semblables extinctions, totalement inexpliquées, ont souvent été signalées en paléontologie : un groupe donné d’animaux n’aurait qu’une vie limitée, comme chacun des êtres qui le composent ; il y aurait une mort de l’espèce, comme il y a une mort de l’individu. Cette explication est peu claire, mais les faits dont elle prétend rendre compte paraissent indéniables. L’autruche est certainement un type vieux, un véritable anachronisme ; malgré l’apparence, elle n’est pas un véritable oiseau ; elle n’a avec les oiseaux que des rapports de cousinage éloigné ; elle est un des derniers représentants des grands reptiles, des grands dinosauriens de l’ère secondaire.