Le capitaine Pasquier m’a remis un groupe d’Oulimminden [Pl. XXVIII, [phot. 53]] ; malheureusement le voile, le litham, est bien gênant et ne permet guère de se rendre compte du type.
Le capitaine Posth m’a procuré une série provenant de l’Aïr [Pl. [XXIX] à [XXXI]]. Ces photographies, prises dans les tribus les plus blanches et par suite les plus pures, montreront combien le type est européen, quoique seule, la femme Hoggar de la planche XXXI ([fig. 60]) paraisse vraiment de race non mélangée. Toutes les autres femmes ont le bout du nez arrondi, et ceci est un trait soudanais et non caucasique.
On ne sait pas au juste à quelle époque cette race de Chancelade, franchissant la Méditerranée, est venue occuper le nord de l’Afrique, où elle paraît beaucoup plus récente qu’en Europe. On sait encore moins à quelle date elle s’est répandue dans le Sahara ; les traditions touaregs ne remontent pas à plus de quelques siècles ; depuis Tin Hinan, les Kel Ahaggar énumèrent péniblement une dizaine de générations ; Sidi ag Keradji affirme connaître quinze aïeux ; les sultans d’Agadez auraient été envoyés, il y a un millier d’années, par Constantinople, pour mettre un peu d’ordre dans les affaires des Touaregs qui étaient déjà en pleine anarchie.
Ces dates si rapprochées de nous ne peuvent évidemment pas être prises au sérieux, d’autant que les Touaregs renient toute parenté avec les constructeurs de chouchets, malgré l’identité évidente de ces tombes anciennes avec les tombes modernes [cf. t. I, [chap. III]].
De nombreuses traditions, relatives à l’origine des Touaregs, ont déjà été recueillies ; quelques-unes les font descendre des Philistins ou de la reine de Saba ; beaucoup de familles cherchent à se rattacher au Prophète ou à ses premiers disciples[156] : il y a peu à tenir compte de ces indications ; elles valent à peu près celles qui nous faisaient descendre de Francus, fils de Priam. D’autres traditions plus précises se rapportent au Fezzan (anciennement Targa) et au Sud marocain ; elles semblent d’accord avec les données anatomiques et méritent d’être prises au sérieux.
Elles sont confirmées par une observation très intéressante d’Ascherson, dont Grisebach [La Végétation du Globe, II, p. 135] a bien fait ressortir l’importance. Les mauvaises herbes des oasis du désert de Libye, ces plantes que l’homme cultive malgré lui, proviennent toutes de la Méditerranée ; elles différeraient de celles que l’on trouve dans la vallée du Nil. La migration aurait donc eu lieu du nord au sud et jamais de l’est à l’ouest ; les routes caravanières suivent encore la même direction.
Quelques faits linguistiques indiquent aussi des relations avec le monde romain : pour les mois, il y a une double nomenclature ; celle qui se rapporte à l’année solaire est visiblement latine [Motylinski, Dictionnaire, p. 280] : février, mars, avril et mai, sont devenus fobraier, mars, ibrir, maio [I, [ p. 254]]. Dans l’Adr’ar des Ifor’as, quelques mots semblent d’origine chrétienne [Cortier, l. c., p. 283].
L’habitation. — Les modèles d’habitation usités au Sahara et au Soudan sont suffisamment connus ; la case carrée (Pl. [XXXVI,] [XXXVII]) à toit en terrasse, des ksour et des oasis, se retrouve dans l’Ahaggar, à Arouan, à Tombouctou et chez les Bambaras ; la case ronde, la hutte soudanaise existe un peu dans l’Ahaggar ; dans l’Aïr, elle devient commune, et tend à supplanter la demeure carrée, fréquente surtout dans les ruines.
Ces huttes rondes varient un peu suivant les pays ; dans les villages stables la partie cylindrique est souvent en terre ; l’abondance ou la rareté du bois entraîne aussi quelques modifications de détail. Tout cela a été discuté et figuré cent fois ; on en retrouvera quelques reproductions dans les photogravures ; il est inutile de s’arrêter à un sujet aussi connu.
Il faut cependant consacrer quelques lignes aux cases très spéciales des campements tebbous du nord du Koutous ; elles sont d’un modèle inusité ailleurs ([fig. 67]). En plan, ce sont des rectangles longs de 7 à 8 mètres, larges de 3 ; la porte est dans un des angles, et une cloison, parallèle au petit côté, délimite une sorte de couloir, de vestibule qui met la chambre d’habitation à l’abri des indiscrets. Un foyer, constitué par trois pierres, se trouve au fond de la hutte. Une charpente soutient le faîte à 2 mètres du sol ; le tout est recouvert de paillassons grossiers faits en tiges de mil et de grandes graminées, comme ceux qu’emploient nos jardiniers. L’ensemble a un aspect arrondi, rappelant assez bien certaines serres.