Nous prenons là, en quelque sorte sur le fait, l’impuissance des bassins fermés à se défendre longtemps contre les phénomènes de capture.

Le capitaine Meynier, dans une très intéressante étude sur le régime hydrographique du Soudan [Rev. Col., V, 1905, p. 257-264], avait fait ressortir la fréquence des coudes en forme de crosses qui font revenir sur leurs pas un grand nombre de fleuves du Soudan ; l’exemple du Niger est typique ; le Sénégal coupe, entre Billy et Médine, les montagnes du Bambouk par une série de chutes dont l’origine paraît récente ; dans le territoire de Zinder, le Taffassasset, après avoir coulé du nord au sud, s’infléchit vers l’ouest, puis se rabat vers le sud ; plusieurs de ses affluents, comme le Goulbi n’Kaba, présentent à un moindre degré le même caractère.

Presque tous les fleuves soudanais, d’abord entraînés par la pente générale du terrain vers le nord, dans la région déprimée où ont pu pénétrer les mers du Crétacé et de l’Éocène, rebroussent chemin au contact du désert. Comme dans le Sahara algérien, le sable engorge les chenaux ; les sédiments amenés par le fleuve dans des bassins de petite étendue relèvent le niveau de base, diminuent la pente et enlèvent au fleuve une partie de sa vigueur ; il se forme ainsi une série d’obstacles de plus en plus difficilement franchissables, et depuis le Macina nigérien jusqu’au Bahr El Ghazal nilotique, en passant par le Tchad, les eaux stagnent et forment une série de marais.

Mais par surcroît, un élément nouveau intervient au Soudan. En Algérie, les fleuves tributaires de la Méditerranée, mal alimentés par des pluies insuffisantes, ont un débit médiocre ; ils sont d’assez maigres outils d’érosion. Même, s’il faut en croire Grund[170], quelques-uns auraient succombé dans la lutte et auraient été décapités par des affluents des Chott.

Au Soudan, au contraire, la saison des pluies amène de violents orages ; l’érosion y acquiert une grande intensité, d’autant plus efficace qu’entre l’Atlantique et les hautes plaines de la zone sahélienne il n’existe aucune barrière montagneuse comparable à l’Atlas algérien ([fig. 8,] p. 14). Dans ce pays sans grand relief, les puissantes rivières méridionales, alimentées par les tornades tropicales qui, tombant sur un sol le plus souvent imperméable, déterminent des crues violentes, étendent fort loin leur bassin ; par une puissante érosion régressive, elles attaquent les derniers tributaires du Sahara et par de multiples captures tendent à les faire tous rentrer dans le bassin de l’Atlantique.

[157]On écrit aussi « Dalhol ». — Monteil [De Saint-Louis à Tripoli, p. 197] donne un croquis géographique qui montre bien l’importance de ces vallées.

[158]C. R. Ac. Sc., 15 avril 1901.

[159]Chevalier, Un voyage scientifique à travers l’Afrique occidentale, Annales de l’Institut colonial de Marseille, 1902, p. 104.

[160]Germain, in Chevalier, L’Afrique Centrale française, p. 462.

[161]Villate, La Géographie, XV, avril 1907, p. 253-260.