Elles supportent en discordance des grès horizontaux, puissants d’une soixantaine de mètres. Ces grès de couleur claire, jaunâtres, ou rougeâtres, sont à grain extrêmement variable ; ils sont d’ordinaire à grain fin, mais ils passent souvent à de véritables poudingues contenant des galets de quartzite de 20 centimètres de long. Vers la base de ces grès, Courtet a noté un banc d’argile puissant de 0 m. 15 ; les conditions qui ont présidé à la formation de ces assises ont donc été très variables. Le plateau auquel ils donnent naissance, et qui porte la ville de N’dellé, est fréquemment couvert de formations ferrugineuses d’origine continentale et qui sont si communes à cette latitude.
Ces grès s’étendent très loin vers le Sud et, le long de la rivière Kotto, on peut les suivre pendant 400 kilomètres du Nord au Sud jusqu’à l’Oubangui. Leur limite orientale est inconnue.
Fig. 12. — Coupe près de N’Dellé, vers 8° 30′ Lat, 18° 20′ Long., par Courtet.
5, Alluvions actuelles ; 4, Grès ferrugineux superficiels (latérite) ; 3, Grès horizontaux et Poudingues ; 2, Quartzites redressées, en éventail ; 1, Granite et Gneiss.
Bien que les détails précis fassent encore défaut, il est à peu près certain que des grès semblables se rencontrent en d’autres points du bassin du Chari ; le capitaine Lœffler décrit en particulier [l. c., p. 240] la région rocheuse de Bouar, dans la haute Sanga (vers 13° longitude est, 6° latitude nord), comme formée d’énormes amas de rochers qui forment de multiples cavernes, refuge à peu près inviolable des populations du pays. Des cavernes semblables existent dans tous les grès anciens du Soudan ; il y en a à N’dellé, à Bilma et dans le Hombori. Cette indication ne suffirait certainement pas à affirmer l’identité des deux formations, mais Courtet a pu causer avec le capitaine Lœffler, et les éclaircissements complémentaires qu’il a ainsi obtenus lui paraissent amplement justifier le rapprochement qu’il m’a indiqué.
Dans l’Ennedi, des grès, curieusement découpés, affectant aussi un faciès ruiniforme, ont été vus récemment par le Cte Bordeaux[15] ; leur coloration va du blanc au noir, en passant par toute la gamme des bleus, des rouges et des violets. Les détails donnés ne permettent cependant pas d’affirmer qu’ils appartiennent au même groupe.
Il est assez difficile pour le moment d’attribuer un âge à ces grès ; les plissements qu’ils ont subis par place, permettent de croire qu’ils sont anciens. On les a souvent classés dans le Trias par analogie avec une formation semblable, mais bien éloignée, celle du Karoo dans l’Afrique australe. Il vaudrait mieux, ce semble, les rapprocher des grès des tassili du Sahara dont ils reproduisent l’allure tectonique. La distance qui sépare, géographiquement, les grès dévoniens de Timissao et de l’oued Tagrira, des plateaux du Gourma et de Bandiagara, est encore bien considérable, même si l’on attribue au Dévonien la bande de grès, plongeant de 45° vers le sud, que Gautier a vue au sud de l’Adr’ar’ des Ifor’as entre les terrains cristallins et le Crétacé, les grès horizontaux injectés de filons de quartz qui reposent sur le Silurien à Tosaye, et les schistes, interstratifiés de grès, que j’ai signalés dans le lit du Niger, à Labezzanga, où ils dessinent un synclinal à axe est-ouest.
Les analogies d’aspect et cette demi-continuité géographique ne permettent guère, cependant, d’affirmer l’âge dévonien des grès horizontaux anciens du Soudan. Les indices paléontologiques, les seuls valables, sont encore bien rares : ils se réduisent, je crois, à une affirmation unique ; le Dr Boussenot[16] signale, dans la région de Dori, une empreinte de trilobite dans les strates gréseuses, et parle de Dévonien. Cette affirmation aurait besoin d’être précisée, mais en tout cas elle est précieuse parce qu’elle prouve que, au moins par place, les grès du Gourma sont fossilifères.
D’autres grès ont été signalés dans la région de Goundam ; ils semblent se relier à ceux de Bammako et de Guinée et sont probablement beaucoup plus jeunes que ceux dont il vient d’être question ; nous aurons à revenir plus tard ([chap. II]) sur ce point.