Parmi les roches anciennes, deux encore méritent une courte mention. On a souvent insisté sur la grande rareté des calcaires en Afrique : le plus souvent, pour préparer de la chaux, on a recours à des coquilles de mollusques, les Ætheria qui, dans tous les cours d’eau de l’Afrique intertropicale, forment des bancs importants. Dans certaines parties du Sahara tout au moins, les calcaires cipolins sont fréquents dans le Silurien ; il y en a de belles lentilles au pied de l’Adr’ar’ Ahnet, dans l’Ahaggar, près de Tamanr’asset et surtout dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, notamment au Nord d’In Ouzel et dans l’Adrar Tidjem ; j’en ai vu quelques galets dans l’Aïr. Foureau a noté plusieurs fois des cipolins [Doc. Scientifiques, p. 740 et sv.] et l’itinéraire de Barth porte, en quelques points, la mention de marbre.

La serpentine est, elle aussi, assez répandue et donne lieu à de petites exploitations : les beaux morceaux servent à faire les bracelets de bras (abedj) que portent les Touaregs et un grand nombre de noirs. La carrière que Voinot a vue, est au nord-ouest du reg d’Amadr’or, dans les gours de Tin’Aloulagh ; elle consiste en de petites excavations de 1 mètre carré tout au plus et profondes d’une trentaine de centimètres. La roche est extraite avec une simple pioche ou tout simplement avec le fer de la lance. D’autres exploitations existent dans l’oued Aceksen (affluent de la rive gauche de l’Igharghar), dans l’oued Tin Belenbila, entre le Mouidir et l’Ahaggar, et dans l’Adr’ar’ des Ifor’as. Le capitaine Posth en a trouvé dans l’Aïr à Gofat, près d’Agadez et les carrières de Hombori sont célèbres dans la boucle du Niger.

L’âge des roches éruptives anciennes est difficile à fixer d’une manière précise. Dans tout le Sahara central, elles semblent antérieures au Dévonien ; les grès que constituent les tassilis du nord, comme ceux du sud, ne sont coupés par aucun filon ; il n’y existe même pas de filonnets de quartz. Les régions où le Silurien paraît le plus jeune, l’Adr’ar’ Ahnet, le Bled El Mass, sont au contraire lardées de filons éruptifs. N’oublions pas toutefois que, sur les couches à graptolithes, les seules qui soient nettement datées, tout renseignement stratigraphique fait défaut.

Vers l’ouest, dans la région de Taoudenni, le Carbonifère est horizontal ; Mussel n’y signale pas de roches éruptives. Dereims n’en a pas vu non plus dans le plateau dévonien de l’Adr’ar’ Tmarr.

Vers le nord, dans le Touat, à Tazoult, une roche ophitique traverse le Carbonifère ; le Dévonien de la chaîne d’Ougarta est riche en filons de quartz et a été parfois minéralisé. Mais nous sommes ici dans la zone hercynienne et l’âge plus jeune des roches éruptives est d’accord avec l’âge plus jeune des plissements.

Au sud du Sahara la question devient bien douteuse : E.-F. Gautier a vu, dans les grès qui surmontent le Silurien à Tosaye, de nombreux filons de quartz ; j’en ai noté aussi dans les schistes interstratifiés de grès qui forment les rapides de Labezzanga. Ces grès et ces schistes, plongeant parfois de 45°, reposent en discordance sur le Silurien. Mais l’âge des roches de Tosaye, comme de celles de Labezzanga, n’est prouvé par rien et ce n’est que très provisoirement qu’on peut les rattacher au Dévonien. Plus au sud encore, ni dans les grès de Gourma, ni dans ceux de Hombori, d’âge indéterminé, peut-être dévonien, on n’a signalé de roches éruptives.

Roches éruptives récentes. — Les roches éruptives récentes présentent un intérêt plus considérable ; leur existence au Sahara est connue depuis longtemps ; Barth avait signalé des volcans et des laves dans l’Aïr, surtout dans sa partie méridionale ; von Bary et Foureau ont confirmé ces indications.

Duveyrier avait ramassé quelques échantillons de basaltes, et les renseignements qu’il avait recueillis lui faisaient croire à l’existence de volcans dans l’Ahaggar. La mission Flatters, celles de Foureau, le raid de Guilho-Lohan ont apporté de nombreuses confirmations à l’hypothèse de Duveyrier.

Il est possible de présenter, dès maintenant, un tableau des principaux centres éruptifs du Sahara et de donner quelques détails sur quelques laves intéressantes.

R. Chudeau. — Sahara Soudanais.Pl. XXXV.