Ce pâté montagneux a été autrefois un centre habité, comme en témoignent de nombreux tombeaux ; parfois encore les oueds qui en descendent se couvrent de verdure et les tentes de l’Ahnet ont pu y passer l’hiver 1905-1906. Mais en général il est impossible d’y séjourner avec un troupeau, et ce n’est pas ce pâturage accidentel qui a rendu In Zize célèbre au Sahara.
L’altitude d’In Zize est assez considérable (800 m.) et il domine la pénéplaine voisine d’environ 300 mètres. Ce relief suffit pour y attirer quelques orages qui alimentent un point d’eau très constant, en même temps qu’il permet de reconnaître de loin la route : il est impossible, même à un mauvais guide, de manquer l’aguelman d’In Zize, qui se trouve sur la route la plus suivie de l’Ahnet, c’est-à-dire du Touat et du Tidikelt, à l’Adr’ar’ des Ifor’as.
Le caractère volcanique d’In Zize n’est pas douteux ; au nord du fer à cheval, la piste coupe une série de dykes verticaux convergents ; nous avons dû, malheureusement, passer très vite en ce point ; nos provisions d’eau, un peu courtes, ne nous permettaient aucun arrêt.
Quand on s’approche d’In Zize et qu’on double la pointe nord de ce massif, on a, de loin, l’impression d’une série de roches stratifiées plongeant vers l’ouest ; cette apparence est due aux coulées de rhyolithe, de couleur brun chocolat, dont la superposition forme la masse principale du volcan. Ces laves sont encore souvent recouvertes d’une gaine de scories qui prouvent qu’elles ont coulé ; elles affectent souvent la forme de colonnes prismatiques. Au microscope la roche est une rhyolite typique à grands cristaux de quartz et d’orthose ; la pâte contient du quartz globulaire avec amandes à larges sphérolites de feldspaths, passant parfois à la micropegmatite. M. Lacroix, avec sa complaisance habituelle, a bien voulu examiner les préparations de la roche d’In Zize, comme d’ailleurs toutes celles que j’ai fait faire de mes roches sahariennes ; on ne peut songer à une erreur de diagnostic.
Le caractère de la roche confirme donc pleinement l’impression que donne l’aspect d’In Zize, dont Villate avait déjà affirmé le caractère volcanique. Je n’insisterais pas sur ce point s’il n’avait été contesté par Flamand ; bien que le savant pétrographe d’Alger n’ait pas vu In Zize, un désaccord aussi formel est de nature à alarmer. Flamand a été très frappé de l’absence de cendres et de cinérites, dans les nombreux échantillons rapportés d’In Zize. Une pareille lacune serait grave partout ailleurs qu’au Sahara ; elle est ici facilement explicable. On n’a jamais vu de près que l’aguelman et ses abords immédiats : cet aguelman est dans le lit d’un torrent à pente rapide : il n’y a sur le sol que de gros galets de roches dures ; on ne peut espérer trouver de blocs de cinérites dans un semblable milieu où ils seraient de suite pulvérisés (Pl. XXXVII, phot. [71,] [72]). Sur les flancs du ravin, on voit souvent deux coulées superposées, parfois séparées par des fentes de quelques mètres de long, et béantes de quelques centimètres dans leur partie la plus large : souvent, à l’Etna ou au Vésuve par exemple, il existe, entre deux coulées, des amas de cendres dont la forme rappelle singulièrement celle des fentes d’In Zize. La place de ces cavités et leur forme montrent qu’elles n’ont pas pu être creusées par l’eau ; elles ne paraissent guère explicables que comme dernière trace de couches de cendres dispersées depuis longtemps par le vent du désert ; ceci est d’accord avec les caractères généraux du tanezrouft, que le décapage éolien a privé depuis longtemps de ses éléments les plus mobiles. Les cendres, qui se trouvaient entre les coulées, ont eu le même sort que les argiles dans les alluvions ; le volcan d’In Zize a subi la même évolution qui, tout à côté, donnait naissance aux regs.
L’âge du volcan d’In Zize est difficile à fixer ; les seuls indices que l’on puisse invoquer sont tirés de l’état de l’érosion. In Zize repose sur un socle archéen que l’on voit nettement au nord de Tihimati et, au sud-ouest du volcan, à Foum Ilallen. En ce dernier point, à 500 mètres du volcan, quelques mamelons granitiques, hauts d’une quinzaine de mètres, portent à leurs sommets des coulées de rhyolite ; le ravin qui conduit à l’aguelman a creusé son lit dans les laves ; on voit par place, sur 40 ou 50 mètres de haut, les coulées superposées tranchées par l’érosion.
On ne peut évidemment pas conclure, en l’absence de données paléontologiques, mais il semble probable que le volcan d’In Zize date de la fin du Pliocène ou du début du Quaternaire : il est trop bien conservé dans son ensemble pour être très vieux et, dans le détail, il est trop érodé pour ne pas avoir subi l’action du ruissellement à l’époque où il pleuvait au Sahara et où les grands oueds, morts aujourd’hui, creusaient leurs lits.
On a la preuve que, plus au nord, la faille du Touat a rejoué récemment ; toutes les rivières de l’Ahnet présentent des phénomènes de capture et des traces de remaniements profonds que confirme l’état jeune du relief. Il est difficile de ne pas établir un rapprochement entre ces accidents tectoniques et le volcan d’In Zize, qui se rattachent en somme à la même cause.
Ahaggar. — Dans l’Ahaggar les volcans sont nombreux et la période d’activité a duré longtemps.
Entre Silet et Abalessa, la route coupe le cratère encore assez bien conservé de l’Adrar Ouan R’elachem ; on met une heure et demie à le traverser ; les débris du cône forment une série de monticules, disposés en cercle, et dont les plus hauts atteignent 200 mètres ; au centre de ce cercle, la place de la cheminée est encore indiquée par du basalte en boules grosses comme la tête. L’activité de ce volcan n’a cessé qu’à une époque récente ; une coulée en descend le long de l’oued Ir’ir’i et s’arrête à environ 300 mètres au nord des ruines de la kasbah de Silet ; elle a été à peine entamée par l’érosion. La lave est un basalte à péridot.