Aïr. — On a déjà insisté sur le caractère volcanique des principaux massifs de l’Aïr, dont beaucoup sont des dômes[179]. Comme dans l’Ahaggar, la période active a persisté longtemps : quelques coulées ont été à peine entamées par l’érosion ; dans l’oued Tidek, au voisinage de l’Ohrsane, les laves sont au niveau des vallées ; dans la plaine de Tar’it, au nord d’Aoudéras, les coulées de basalte très étendues et provenant sans doute du Doghen, sont récentes : le petit r’edir d’Akara, creusé dans des granulites roses, est bordé à l’ouest par des basaltes épais de 4 mètres dont la base est au niveau de l’eau. Cette impression de jeunesse est confirmée par l’existence à Tafadek (60 kilomètres au sud-ouest d’Aoudéras) d’une source chaude dont la température atteint, d’après le capitaine Posth, 48°.
D’autres coulés sont certainement beaucoup plus anciennes ; à une douzaine de kilomètres au nord-ouest d’Iférouane, l’oued Kadamellet traverse, par un défilé étroit, un plateau de gneiss et de micaschistes, dont la table est formée d’un basalte doléritique, à structure ophitique. La coulée, épaisse d’une dizaine de mètres, a sa base à 50 mètres au-dessus de l’oued.
Il est difficile de préciser le début de ces éruptions ; nous avons cependant pour l’Aïr quelques éléments d’informations qui jusqu’à présent font défaut dans l’Ahaggar. Le lieutenant Jean a remis au laboratoire de géologie de la Sorbonne quelques échantillons de calcaires provenant de Tafadek et d’un point situé un peu au nord, Tamalarkat. L’âge de ces calcaires n’est pas douteux ; outre quelques moules de mollusques, ils contiennent de nombreux échantillons d’Operculina canalifera d’Archiac, de l’Éocène moyen. Les renseignements stratigraphiques font défaut ; Jean [l. c., p. 141] signale seulement à Tafadek des calcaires, des ardoises et des pierres ponces ; mais l’examen de plusieurs plaques minces taillées dans les échantillons fossilifères n’y montre qu’un calcaire très franc, sans aucun élément attribuable aux volcans voisins. Les grès, les calcaires et les meulières lacustres d’Assaouas et de Teguidda n’Adr’ar’, situés à plus de 100 kilomètres au sud-ouest d’Aoudéras, renferment de nombreux minéraux éruptifs, surtout des feldspaths. Les échantillons ne contiennent malheureusement que des traces de fossiles indéterminables, qui ne permettent pas de fixer leur âge ([p. 76]).
Fig. 74. — Adr’ar’ Ohrsane (Nord de l’Aïr). Pris de l’oued Tidek.
L’Ohrsane est une muraille de syénite.
Tout incomplètes qu’elles soient, ces données prouvent cependant que les volcans d’Aïr sont postérieurs à l’Éocène, comme leur examen direct permettait d’ailleurs de le prévoir.
D’autres roches d’épanchement ont été signalées dans des régions voisines : Nachtigal mentionne expressément des volcans dans le Tibesti et les détails qu’il donne (sources thermales, etc.), montrent que certains de ces volcans au moins sont récents. Sur la route de N’Guigmi à Bilma, Ayasse a recueilli, près de Béduaram et près d’Agadem, des basaltes[180] dont quelques-uns au moins sont assez anciens pour que leurs vacuoles aient pu se tapisser de minéraux secondaires (calcédoine).
Au sud du Tchad, les cinq pitons rocheux de Hadjar El Hamis (déformation par les noirs d’El Khémès) sont formés d’une rhyolithe alcaline verdâtre étudiée par Lacoin et Gentil et dont Courtet a pu rapporter de nouveaux échantillons. On trouvera dans Chevalier [L’Afrique Centrale française, p. 409] un croquis du piton principal, haut de 80 mètres environ.
Des rhyolithes à ægyrine, sont connues sur le Mayo Kæbbi, au pied des chutes Gauthiot, non loin du Toubouri[181].