On procède de la même façon pour les couches de sel inférieures, mais les koukchat sont enlevées avec les couches auxquelles elles sont soudées.
L’eau qui se trouve au-dessous d’« el ouara tahtania » (16e couche) est jaillissante. Au dire des ouvriers, il faut une certaine habitude pour enlever la dernière couche de sel exploité (el kamra).
En enfonçant la pioche un peu trop profondément au-dessous de cette dernière pour la décoller, il arrive fréquemment, aux inexpérimentés, de crever « el ouara tahtania » et l’eau, se précipitant par l’ouverture ainsi pratiquée, a assez de force pour briser la barre de sel sur laquelle on travaille. A l’air libre, si l’on perce « el ouara tahtania », l’eau jaillit et s’élève à un mètre environ. Cette abondance de l’eau, serait, au dire des principaux entrepreneurs, un des principaux obstacles à l’exploitation de la saline [cf. t. I, [ p. 56]].
Une fois tout le sel enlevé dans la fosse, les ouvriers creusent au-dessous de la quatrième couche, « el ouara », de petites niches qu’ils transforment progressivement en galeries ; l’exploitation du sel, jusqu’alors à ciel ouvert, se continue sous terre.
Souvent l’eau sourd dans ces galeries et empêche de les mener bien loin. Cependant, elles atteignent parfois 10 mètres de profondeur dans les terrains propices. Les galeries sont creusées sur chacune des faces de la fosse centrale ; on ménage entre elles des intervalles d’environ un mètre, qui remplissent l’office de piliers, de murs de soutien.
Les barres de sel débitées, les ouvriers les plus habiles séparent les koukchat du bied, et de la kamra, en frappant tout simplement à la pioche sur l’un des côtés de la barre, au point de jonction des couches superposées. Il est quelquefois nécessaire d’introduire le pic entre les deux et de faire levier avec le manche pour arriver au décollement complet. Le sel de la 12e couche, el bent, ne donne qu’une barre.
Les barres ainsi obtenues ont une épaisseur qui varie de 10 à 15 centimètres, leur surface rugueuse est tapissée d’impuretés. Elles sont dégrossies et polies avec une herminette et ramenées à des proportions mieux d’accord avec le mode de transport, 4 ou 5 centimètres d’épaisseur, 1 m. 10 à 1,20 de long et 0,40 à 0,50 de large. La barre de sel ainsi préparée, prête à être enlevée par les caravanes, pèse en moyenne 40 kilogrammes. Les poids extrêmes varient entre 28 et 47 kilogrammes (Cauvin) ; quatre barres font une charge de chameaux (120 à 150 kg.)
D’autres mines ont existé, dans la même région, notamment à Ter’azza, à 120 kilomètres au nord-ouest de Taoudenni. D’après la légende, Ter’azza, refusant de payer l’impôt, aurait été détruite par ordre du sultan marocain Moulaï-Sliman, il y a environ trois cents ans Taoudenni lui aurait succédé.
Ces renseignements détaillés sur les salines de Taoudenni, montrent bien qu’il s’agit de sel de sebkha, identique à celui de quelques chotts d’Algérie, comme la sebkha Melah, dans l’oued R’arbi, étudiée par Flamand, et aussi des sebkhas de la côte atlantique de Mauritanie, particulièrement à celle de N’Terert (100 km. au sud de Nouakchott) où, sous une couche de 0 m. 60 d’argiles verdâtres, se montrent des alternances de bancs de sel et d’argile.
Cette constitution ne permet pas de fixer l’âge de la saline d’Agorgott, qui est très vraisemblablement quaternaire. Lenz y a signalé des coquilles brisées ; Cortier a entendu dire aux indigènes que l’on y avait trouvé des débris d’hippopotames et de crocodiles, et même des traces humaines. Au surplus, l’âge quaternaire paraît bien d’accord avec le peu que l’on sait de l’hydrographie de la région.