Bilma[193]. — Les salines de Bilma (cf. [p. 117]) sont au nord-ouest du village ; pour les exploiter, les indigènes creusent dans le sol de petites mares rectangulaires, de 5 à 15 mètres de longueur sur 2 de largeur ; leur profondeur est de un demi-mètre. Les déblais, rejetés autour des mares, atteignent parfois 10 mètres de hauteur.
On arrose le terrain ; l’eau salée se rassemble dans les mares, et, par évaporation, les sels dissous viennent cristalliser à la surface ; les indigènes brisent la croûte ainsi formée pour que les cristaux tombent au fond de l’eau, où on les ramasse.
Le sel ainsi obtenu est très blanc ; on le comprime fortement dans des moules de façon à obtenir des pains d’une dizaine de kilogrammes. D’autres produits, moins purs, sont mélangés à du sable argileux et moulés en pains d’une autre forme.
Le sel de première qualité est très pur :
| Chlorure de sodium | 82 |
| Sulfate anhydre de sodium | 9,8 |
| Carbonate hydraté » | 2,6 |
| Quartz et matières organiques | 5 |
| 99,4 |
l’absence de la chaux et de la magnésie est remarquable[194]. Il présente des particularités minéralogiques intéressantes. Les cristaux ne sont jamais groupés en trémies ; ils forment de petits cubes isolés qui dépassent rarement 2 millimètres de côté ; les faces du cube sont habituellement accompagnées des faces de l’octaèdre régulier, forme très rare dans la plupart des gisements de sel et qui semble en relation avec l’abondance du sulfate. On ne connaît guère cette forme, en dehors de Bilma, qu’en Égypte, dans les cristaux extraits des lacs Natron, et en Californie, à San Bernardino.
A Fachi, à 145 kilomètres à l’ouest de Bilma, on exploite le sel dans des conditions analogues. Le sel de Fachi passe pour être de qualité inférieure.
L’exploitation du sel, à Bilma et à Fachi, est considérable ; plus de 20000 charges (peut-être 40000) sont enlevées tous les ans par les Kel Aïr, et répandues surtout dans le Bornou, le territoire de Zinder, le Sokoto, l’Adr’ar’ de Tahoua, etc.
Les Teguiddas. — A l’ouest d’Agadez, se trouvent un certain nombre de sources salées ; celles de Teguidda[195] n’Adrar et de Teguidda n’Taguei ont de l’eau presque douce ; elles ne sont pas exploitées : on se contente d’y mener les chameaux y faire de temps à autre une cure de sel. Dans ces deux stations, il y a un certain nombre de bassins, alignés sur des diaclases, qui intéressent des meulières tertiaires (chap. II, [fig. 25]). Quelques-uns sont assez bien alimentés pour donner naissance à des ruisseaux qui coulent pendant quelques cents mètres. L’eau d’une partie des sources est buvable ; à Teguidda n’Taguei, la source des Palmiers, il y a un cimetière important et les ruines d’une kasbah. J’ai vu, dans l’eau, un batracien anoure.
Le principal centre d’exploitation de cette région se trouve à 80 kilomètres au nord d’In Gall, à Teguidda n’Tecum, Teguidda les Salines ; les principales sources sont à Bourgoumouten. Chaque source appartient à une famille d’In Gall ; la rareté de l’eau douce rend le travail très pénible ; aussi chaque ouvrier, obligé de boire de l’eau contenant 41000 de sels, ne reste-t-il guère qu’un mois au chantier. Chaque source est captée au moyen de tuyaux, en bois ou en terre cuite, qui conduisent l’eau dans des bassins rectangulaires. Quand un bassin est plein, on bouche le tuyau qui lui correspond et on laisse agir l’évaporation, en ayant soin d’ajouter de l’argile à l’eau pour rendre plus solides les tablettes de sel. Dès qu’une première couche de sel est formée, on remplit à nouveau le bassin et l’on continue jusqu’à ce que la tablette ait 5 ou 6 centimètres d’épaisseur : il faut en moyenne remplir quatre fois le bassin ; chaque évaporation dure une journée. Le sel est découpé en dalles longues de 90 centimètres, larges de 40, du même type que celles de Taoudenni.