Il y aurait environ 200 ouvriers occupés à ce travail ; à cause de l’insécurité du pays, ils habitent des cases en argiles à entrée étroite, où il n’est possible de pénétrer qu’en rampant. Depuis que nous occupons Agadez, les pillages sont moins à craindre et l’exploitation devient plus importante.

Le sel de Teguidda, très estimé, est entreposé à In Gall ; les Kel Gress vont le vendre jusqu’au Sokoto[196].

Terre d’Ara. — Il existe dans l’Aïr quelques vallées sans écoulement où le sel s’est accumulé dans les alluvions. J’ai vu, entre Aoudéras et Bidei, un de ces gisements dont l’exploitation est restée très rudimentaire ; au moment de la saison des pluies on y creuse des trous profonds de 0 m. 50, avec un diamètre de 1 mètre. L’eau des tornades, après avoir lavé les matériaux de déblais, s’y rassemble et par évaporation laisse au fond de la cavité un sel très chargé d’argiles, la terre d’Ara, ou Ahara, qui est réservée aux chameaux. On l’exporte jusqu’au Damergou.

Dans l’Adr’ar’ des Ifor’as, les gisements de terre salée sont assez abondants et donnent lieu à un certain commerce qui est surtout aux mains des Ibottenaten de la région de Tadhaq.

Manga. — La région du Manga, entre Gouré et le Tchad, contient au fond des cuvettes qui ont déjà été signalées (chap. II, p. [82] et [117]) un grand nombre de mares salées ; fort peu sont permanentes et se recouvrent, à la fin de la saison sèche, d’une couche de cristaux. La plupart se dessèchent complètement et un petit nombre sont exploitées. Les deux principaux centres industriels étaient, ces dernières années, Garamgava et Gourselik.

Le natron qui est exploité à Gourselik doit être abondant en profondeur, mais on se contente d’exploiter celui que, chaque année, la saison des pluies ramène à la surface. On racle le fond de la cuvette ; le natron, mélangé de terre, est placé dans des paniers qui servent de filtres et où se fait l’épuisement. Cet épuisement est presque systématique et permet d’obtenir divers produits.

Lorsque les eaux de lavage sont saturées, on active l’évaporation au moyen de foyers.

Les fours sont la partie la plus curieuse de l’exploitation ; ignorant l’art de faire des briques régulières et des voûtes, et son prix élevé, rendant le fer impossible, les industriels ont dû tout bâtir en terre cuite. Un mur, haut de 0 m. 50, circonscrit un espace rectangulaire dont les côtés varient de 1 m. 50 à 4 mètres ; des portes, ménagées à la base de ce mur permettent d’introduire le bois qui sert de combustible et laissent pénétrer l’air. Pour soutenir au-dessus des foyers les vases de terre, les canaris, qui contiennent le liquide à évaporer, le four est garni de piquets en terre cuite, fichés verticalement dans le sol ; les têtes élargies de ces piquets, disposés à peu près en quinconce, à 15 ou 20 centimètres les uns des autres, supportent les récipients entre lesquels passe la flamme.

L’inconvénient du procédé est la grande quantité de combustible qu’il nécessite : le pays est dès maintenant complètement déboisé à grande distance des villages ; il est devenu une steppe.

Folé. — Dans la zone côtière orientale du Tchad, il existe aussi des mares à natron ; les unes sont permanentes et l’on se contente de recueillir le sel peu estimé qui cristallise à la surface. Les autres sont presque toujours à sec, mais leur fond est occupé par une vase noirâtre, humide, où le jeu des saisons, sèche et pluvieuse, amène la formation de plaques cristallines épaisses de 5 à 10 centimètres et qui se trouvent à des profondeurs variant de 10 à 50 centimètres. Ces plaques forment des lentilles de dimensions assez faibles dont les indigènes déterminent l’emplacement au moyen de sondages ; on les extrait à la pioche et on les fait sécher à l’ombre, dans le sable : une dessiccation trop rapide les briserait. Le principal marché de ce natron est à Wanda d’où on l’emporte surtout, à travers le Tchad, vers le Bornou [Destenave, Revue gén. des Sc., 1903 ; — Freydenberg, Thèse, 1908].