Cette liste des points qui fournissent du sel ou du natron au Sahara et au Soudan n’a pas la prétention d’être complète ; il serait facile de la prolonger longuement, sans y trouver de nouveaux types de gisement ou de nouveaux modes d’exploitation. Jusqu’à présent, on ne connaît rien qui puisse être comparé aux rochers de sel du Trias d’Algérie, sauf peut-être dans le Guir [cf. t. I, [ p. 181]].

Cependant à la suite de ces produits d’origine minérale, il convient d’ajouter un sel d’origine organique que l’on produit par lessivage des cendres végétales ; on obtient ainsi des sels surtout potassiques ; autour du Tchad cette industrie est assez développée et se fait au dépens des doums et des Salvadora persica : tous les ans, pendant quelques mois, une partie de la population de N’Guigmi va s’installer, par petits hameaux d’une douzaine de huttes, aux points où il y a de l’eau et des arbres, et se livre à cette fabrication.

Cette industrie est très répandue dans toute l’Afrique, au sud du Sahara, et d’assez nombreuses populations ont du s’accoutumer à ces sels de potasse.

IV. — LES AGENTS DÉSERTIQUES

Érosion éolienne. — On a, je crois, beaucoup exagéré l’influence du vent comme facteur d’érosion : il n’est évidemment pas douteux que les phénomènes de « corrasion » existent. On en connaît de nombreux exemples même en Europe et l’on sait que, industriellement, on dépolit le verre au moyen de sable projeté par un soufflet.

L’existence des « roches perchées » n’est pas niable, non plus que le rôle qu’a joué le vent dans leur modelé. Au désert, les calcaires et un grand nombre de roches sont polis par le passage du sable entraîné par le vent et leur surface est souvent sillonnée de vermiculures, profondes au plus de quelques millimètres, qui y dessinent d’élégantes arabesques. Les roches éruptives n’échappent pas à cette action : auprès du poste de Gouré, on peut voir son effet sur les microgranites alcalins du Mounio ; les cristaux de quartz, plus durs, sont en saillie de 2 ou 3 millimètres sur le reste de la roche.

Tous ces faits sont bien connus ; ils ont été étudiés autrefois par Rolland ; plus récemment, Foureau [Doc. Sc., p. 217-221, et Pl. XVIII, XIX] leur a consacré tout un chapitre et plusieurs illustrations.

Mais il s’agit d’actions toutes superficielles ; je n’ai rien vu que l’on puisse comparer aux phénomènes qui ont été récemment décrits en Égypte : la dépression bordée de falaises, hautes d’une centaine de mètres au moins, où se trouve l’oasis de Baharia, a des dimensions considérables ; sa longueur est de 95 kilomètres, sa largeur varie de 4 à 30 kilomètres ; elle avait été longtemps attribuée à une faille circulaire, à un phénomène d’effondrement. Les recherches récentes, très précises, des géologues égyptiens montrent, sans ambiguïté possible, que cette explication doit être abandonnée. Le Baharia a été creusé par érosion et comme il semblait impossible de faire intervenir l’eau, on a été amené à attribuer cet important travail à l’action du vent. Ces démonstrations « par l’absurde » sont, en dehors de la géométrie où l’on est certain d’avoir épuisé toutes les hypothèses possibles, toujours un peu inquiétantes. Les observations que j’ai pu faire au Sahara ne confirment pas une action du vent aussi grandiose ; les Égyptiens y renoncent aussi[197].

On trouve souvent sur le sol des débris d’œufs d’autruche. J’en ai pu observer de nombreux, particulièrement entre l’Ahnet et In Zize, où, aux dires des indigènes, l’autruche a disparu depuis cinquante ans. Beaucoup de ces débris, placés forcément au ras du sol, au point où l’action du sable charrié par le vent est le plus énergique, présentent des stries dont les plus profondes atteignent à peine un demi-millimètre. Malheureusement la disparition de l’autruche n’est pas totale ; dans l’Iguidi, Flye Sainte-Marie en a relevé une piste fraîche pendant l’hiver 1904-1905 ; Voinot en a vu quelques-unes dans le reg d’Amadr’or (1905-1906). L’usure des œufs d’autruche ne fournit donc qu’un argument assez maigre.

L’étude des inscriptions et des dessins qui abondent sur tous les rochers du Sahara [cf. t. I, [ p. 87-120]] est plus décisive. Les roches qui portent ces dessins ont une surface lisse et luisante dont le poli peut être attribué en partie à l’usure éolienne, mais elles sont toutes protégées par une croûte d’origine chimique, une écorce brune, le vernis du désert. Cette croûte dont la couleur va du brun foncé (grès néocomiens) ou noir de jais (grès dévoniens) est dure et résistante ; on le remarque particulièrement à propos des grès crétacés, qui sont plutôt tendres et auxquels la croûte fait une carapace et une protection. Nul doute qu’il y ait là un obstacle à la puissance érosive du vent. Sur certaines collines du Colorado, W. Cross [Wind erosion in the Plateau Country, Bull. of the Geol. Soc. America, XIX, mars 1908] a observé que la roche, des grès tendres, était creusée par le vent partout où la couche protectrice, le vernis du désert, faisait défaut ; il se forme ainsi parfois de véritables grottes.