C’est peut-être à cette patine résistante que beaucoup de gravures rupestres doivent leur conservation. Les régions désertiques et sèches sont par excellence leur domaine ; elles sont rares dans le Tell, sans être tout à fait absentes. Cette exclusion peut s’expliquer, au moins partiellement, par des causes historiques ; mais, provisoirement tout au moins, on n’échappe pas à l’hypothèse que des causes climatiques aient pu jouer un rôle. Les gravures auraient été conservées en plus grande abondance là où les agents de destruction étaient le moins efficaces.
Les gravures préhistoriques, dans l’Afrique du Nord, sont plus difficiles à dater qu’en Europe, parce qu’une représentation d’éléphant, par exemple, n’offre pas en soi la même garantie d’âge reculé que la représentation d’un mammouth ou d’un renne. Il suffit en effet de remonter à Carthage pour retrouver l’éléphant dans la faune nord africaine. L’attribution de gravures sahariennes à l’âge quaternaire reste donc hypothétique ; il est improbable cependant que les plus anciennes d’entres elles soient postérieures à la période romaine. Il en est certainement de très vieilles qui sont restées très nettes sous leur patine. Plusieurs milliers d’années d’érosion éolienne n’ont pas suffi à les effacer. Croit-on que ces égratignures auraient survécu pendant le même nombre de siècles à l’action de la pluie ? Leurs analogues d’Europe n’ont résisté qu’au fond des cavernes, sous le manteau protecteur des alluvions et des stalactites.
Au Sahara même, la presque totalité des gravures est sur des roches siliceuses, grès ou granite. Est-il vraisemblable que les indigènes se soient abstenus de parti pris de graver sur des calcaires ? Au surplus, on connaît au moins deux stations de gravures sur calcaire ; l’une dans le Tadmaït, a été signalé par Flamand, l’autre, connue sous le nom de Hadjra Mektouba, se trouve sur la rive droite de la Saoura, à hauteur du ksar d’El Ouata, entre le Gourara et le Touat [cf. t. I, [ p. 100-101]]. Au premier abord, à Hadjra Mektouba, on ne voit qu’une multitude de graffiti libyco-berbères, plus ou moins récents. Mais à la regarder avec soin, en cherchant les incidences favorables, on y retrouve une multitude de très vieilles figures floues et indistinctes, cependant reconnaissables. En même temps qu’elles, on voit partout à la surface de la pierre, inscrite en cuvettes et en lapiez, l’action des eaux pluviales ; c’est la pluie qui, par son action chimique, a en partie effacé les vieilles images et non pas le vent. Ainsi donc, même dans les pays où il pleut tous les vingt ans, sur les roches calcaires tout au moins, l’action des eaux météoriques est plus efficace et reste mieux marquée que celle du vent. Ces Hadjra Mektouba sont horizontales, au ras du sol, nullement à l’abri, dans les conditions les plus favorables à l’action éolienne et malgré cela le vent, aidé du sable, n’a pas pu, en une vingtaine de siècles au moins, effacer des traits dont la profondeur ne dépassait guère 1 centimètre. Sous nos climats, les hiéroglyphes d’Égypte auraient disparu depuis longtemps et l’on ne peut songer à mettre en parallèle, au point de vue de l’intensité de leurs actions, l’érosion pluviale et l’érosion éolienne.
Comme les hiéroglyphes, les dessins rupestres sont gravés en creux dans la roche ; une usure un peu profonde est nécessaire pour les effacer. D’autres vestiges anciens sont plus superficiels et semblent incapables de résister à la moindre érosion.
Certaines inscriptions sont peintes à l’ocre et l’une d’elles au moins peut être datée avec quelque précision : à Timissao, près du puits, existe une grotte ou plutôt un abri sous roche. Au plafond de cette grotte se trouve une inscription célèbre dans tout le Sahara, et dont Duveyrier avait déjà entendu parler ; elle est peinte à l’ocre et encadrée d’un rectangle de 1 mètre de long sur 0 m. 80 de large ; les lettres ont une dizaine de centimètres. M. Benhazera [Six mois chez les Touaregs, p. 205 et suiv.] a pu en copier la moitié.
Cette inscription serait bien écrite en caractères koufiques qui, comme on sait, furent abandonnés peu de temps après l’hégire ; sa signification semble bien indiquer qu’elle émane des premiers missionnaires qui aient cherché à convertir le pays à l’Islamisme ; s’appuyant en outre sur quelques données historiques, Benhazera fixe au VIIe ou VIIIe siècle de l’ère chrétienne la date de cette inscription.
Située à 5 mètres au-dessus du sol, dans une vallée étroite où le vent s’engouffre avec force, cette inscription n’a pas pu être effacée par l’érosion éolienne, en plus d’un millier d’années[198].
Les talus de sable qui, dans le Manga, forment la bordure des cuvettes sont souvent attaqués par de véritables « torrents éoliens ». Profitant d’une brèche, ouverte dans cette petite dune, le vent y entraîne lorsqu’il est violent, de grandes masses de sable qui creusent un véritable ravin, au fond duquel se trouve parfois, sur la face orientale de la cuvette, une sorte de cône de déjection. Le phénomène est fréquent entre Mirrh et le Tchad ; Freydenberg a pu l’observer à l’est du lac et il a noté, près de Mao, un affouillement de 60 à 80 centimètres, creusé en une heure [l. c., p. 57-58].
Mais il s’agit de sable de dune non cimenté, d’un sol extrêmement meuble, incapable de résister au moindre agent d’érosion.
De semblables phénomènes sont fréquents dans les dunes où le moindre ébranlement, quelle que soit sa cause, peut produire des éboulements considérables ; on connaît leurs analogues dans les champs de neige et dans les cendres volcaniques, où des avalanches sèches produisent souvent des érosions autrement considérables.