« La Coudia est un massif informe, sans harmonie et sans ligne ; c’est un squelette décharné, mais les couleurs le transforment en décor féérique. » (Dinaux). C’est le soir et le matin surtout, que les couleurs sont merveilleuses ; dans l’après-midi, la lumière du soleil est trop écrasante, les nuances perdent toute délicatesse ; toutes les couleurs deviennent des gris.

Hydrographie. — Ce haut massif a été un centre hydrographique important. Naissant près d’Idélès, l’Igharghar, accru d’assez nombreux affluents, traversait le tassili des Azdjer près d’Amguid et allait aboutir au chott Melr’ir. Ce fleuve important et son affluent principal, l’oued Mia, descendu du Tadmaït, fertilisent encore les principales oasis du Sud constantinois. Duveyrier le premier avait pu mettre en évidence l’importance de ce bassin dont les recherches patientes de Foureau ont bien fait connaître les parties moyennes ; les officiers de Tidikelt nous en ont fait, plus récemment, connaître le bassin supérieur.

Vers l’ouest, un grand nombre de ruisseaux, descendus de la Coudia et de la Tifédest, se réunissent en deux troncs principaux, l’oued Takouiat et l’oued Tamanr’asset, que coupe le medjebed d’In Zize à Timissao. On sait que ces deux fleuves coulent encore parfois assez loin et que leurs crues se font sentir jusqu’au méridien de Timissao. Ces crues doivent être violentes, puisqu’elles suffisent à entraîner des scories basaltiques au nord du tassili Tan Adr’ar’.

Le Tamanr’asset et le Takouiat n’ont pas été suivis bien loin vers l’ouest ; on ne sait pas comment ils vont se perdre dans le tanezrouft qui relie Azzelmatti à Sounfat ; on ignore quelles relations exactes ils ont avec Taoudenni et les oueds qui descendent du nord de l’Adr’ar’ des Ifor’as ou du Timetr’in, et dont l’oued Ilok semble être le principal collecteur.

Au sud, l’oued Zazir, l’Igharghar[34], l’oued Tagrira, le Tin Tarabin vont se joindre presque certainement au Taffassasset, qui se rattache actuellement au bassin du Niger. Les cours supérieurs de ces rivières sont seuls connus ; il subsiste entre l’Adr’ar’ des Ifor’as et l’Aïr un blanc considérable ; mais elles ne peuvent aboutir qu’au Niger, ou à un bassin fermé inconnu, dont rien d’ailleurs ne permet de prévoir l’existence (V. [carte géologique] hors texte).

Les rivières qui descendent de l’est de la Coudia ou de ses contreforts ont une histoire plus obscure. Il n’y a pas de doute pour l’oued Tadent qui est sûrement un affluent du Tin Tarabin. Les origines du Taffassasset sont moins claires. L’oued Falezlez, ou Afahlehle, a été coupé par Barth et par von Bary vers le 7° longitude est ; en ce point il se dirige vers le sud-est et von Bary indique, d’après ses informateurs indigènes, qu’il aboutit à Bilma. Barth et plus tard Duveyrier ont cru au contraire que le Falezlez était la tête du Taffassasset ; une carte récente[35] du Sahara a adopté cette opinion. Il en résulte, pour le tracé du fleuve, un coude bizarre que rien jusqu’à présent ne vient justifier, sauf peut-être l’importance du Taffassasset à In Azaoua qui permet de supposer un vaste bassin. En tous cas, toutes les rivières qui, au sud de Tadent, se dirigent vers l’est et qui ont été reconnues par Barth, vont aboutir au Taffassasset. Foureau [Doc. Sc., p. 247] a donné un schéma de ce bassin hydrographique.

Les villages. — La pluie n’est pas très rare sur la Coudia, et les rivières qui en descendent présentent une structure qui permet à l’eau de se conserver assez longtemps dans certaines vallées.

Les rivières des contreforts de l’Ahaggar sont, en effet, d’ordinaire encaissées et assez indépendantes de la direction des affleurements de roches imperméables, au milieu desquels elles ont creusé leur lit ; la vallée, souvent assez large, se rétrécit toutes les fois qu’elle rencontre un seuil rocheux plus résistant, quartzite silurienne ou filon éruptif : si ces rivières coulaient, elles présenteraient des rapides. Cette structure en chapelet est très nette presque partout.

Entre deux barrages successifs, chaque bief présente une pente notable et l’eau tend à s’accumuler contre le seuil d’aval, de sorte que la nappe aquifère est d’autant moins profonde que l’on se rapproche de ce seuil ; aussi les pâturages, situés à l’amont des barrages, sont fréquents et permettent souvent l’élevage de troupeaux assez nombreux.

De plus, l’eau, arrêtée à chaque barrage, est à un niveau un peu plus élevé que le bief suivant de la vallée ; cette particularité des oueds a été le plus souvent utilisée pour la création des petits centres de culture qui caractérisent les contreforts de l’Ahaggar.