Dans certains cas, les plus fréquents, on va chercher, par des foggaras longues de 5 à 6 kilomètres, l’eau en amont d’un barrage ; des seguias surélevées permettent une irrigation facile dans les parties plus basses ; c’est ce procédé qui est employé à Tamanr’asset, à Tit et à Tin Amensar, toutes les fois que les alluvions humides, véritables mines d’eau, sont dans une vallée trop étroite pour permettre facilement l’établissement de jardins, toutes les fois surtout que des crues violentes sont à craindre, qui enlèveraient toutes les cultures.
Parfois, dans le haut pays, il y a des ruisseaux permanents ; les foggaras deviennent alors inutiles et de simples seguias suffisent à assurer l’irrigation.
Quant aux jardins, ils sont établis dans les vallées les plus larges, dans celles où le lit de l’oued est creusé au milieu d’une plaine d’alluvion : on les cultive sur le lit majeur de l’oued quaternaire ; en général, dans ces vallées élargies, la nappe aquifère est profonde et c’est pour cette cause que l’on va chercher l’eau dans un bief supérieur.
Plus rarement la vallée est large, l’eau abondante à fleur de sol ; c’est ce qui arrive à Abalessa. Tous les oueds qui descendent du versant occidental de la Coudia coulent d’abord dans une région déprimée, une cuvette synclinale, que limite à l’ouest la chaîne élevée de l’Adr’ar’ Aberaghettan. Cette haute sierra, formée de quartzites, a résisté à l’érosion qui n’a pu réussir à y creuser que quelques gorges resserrées, quelques brèches exiguës ; la plus importante livre un étroit passage à l’oued Endid, formé de la réunion d’une dizaine d’oueds ou de ruisseaux dont les plus notables, l’oued Outoul, l’oued Tit et l’oued Ir’eli, viennent tous converger à Abalessa.
La brèche qui donne passage à tous ces oueds arrête les eaux et, à ses abords immédiats, pendant quelques cents mètres, se trouve un véritable fourré où dominent les tamarix ; c’est, comme arbres, un des plus beaux coins de l’Ahaggar.
Lorsque, venant de Silet, on a traversé la région chauve et dénudée de l’Adr’ar’ Ouan R’elachem, au sommet du dernier col, la vue d’une telle profusion de ferzig et d’ethel est une joyeuse surprise. Les arbres sont accompagnés de nombreux arbustes et de nombreuses graminées ; il y a même quelques fleurs. Plusieurs hectares sont réellement couverts d’une véritable verdure : pareil spectacle est vraiment rare au Sahara.
L’Adr’ar’ Aberaghettan, barrant un ensemble de vallées, ne fait que reproduire en plus grand la disposition des seuils transversaux qui, dans chaque oued de l’Ahaggar, accroissent, vers l’aval du bief, l’humidité des alluvions, et dont l’effet se traduit habituellement par un accroissement des pâturages et l’apparition d’arbres plus serrés.
Rarement cette structure est autant marquée qu’à Abalessa, et peu de villages sont aussi riches.
A Abalessa, on a pu creuser, dans chaque jardin, des puits peu profonds (2 à 3 m.). Ce sont souvent des puits à bascule, type classique dans les oasis, comme aussi en Anjou ; parfois l’outre à manche et à double corde, tirée par un âne, comme dans le M’zab ou à Iférouane, vient simplifier le travail du haratin. Il y a de plus quelques foggaras et, en fait, dans la plupart des ar’érem, les deux systèmes, puits et foggaras, coexistent : tout l’effort des cultivateurs a porté sur l’exploitation de l’eau, et la meilleure façon de l’avoir en abondance.
Parfois d’autres causes sont intervenues, qui rendent possible l’établissement de jardins ; à Silet, par exemple, la vallée est largement ouverte : une coulée de basalte, descendue de l’Adr’ar’ Ouan R’elachem recouvre les alluvions de l’oued Ir’ir’i ; la vallée de l’oued Silet est, en amont du ksar, probablement elle aussi dans le même cas [Villatte, loc. cit., p. 221] ; l’eau, protégée contre l’évaporation, est très abondante et pendant plusieurs kilomètres, en aval du front de la coulée, il suffit de creuser légèrement (0 m. 20-0 m. 30) dans l’oued, pour trouver le niveau aquifère. La vallée est couverte d’une très belle végétation ; les Salvadora persica forment un véritable taillis qui s’étend à plusieurs kilomètres de Tibegehin.