Au fond, le massif d’Aoudéras.

Ces deux massifs sont assez accidentés, ils contiennent des pâturages suffisants pour quelques montures, et sont le repaire habituel de Tebbous ou d’Azdjer, coupeurs de route, qui enlèvent souvent quelques chameaux aux caravanes mal gardées. D’après le kébir d’Iférouane, El Hadj Mohammed, une tente touareg y était installée presque à demeure, tout au moins ces années dernières, et prélevait ouvertement un droit de passage sur les marchands de R’at qui descendaient à Zinder et à Kano.

Les massifs volcaniques sont nombreux et pressés surtout entre l’oued Sersou et Aoudéras. Beaucoup de sommets dépassent 1000 mètres ; quelques-uns atteignent 1400 et le pic majeur du Timgué s’élève à environ 1700, dominant de près de 1000 mètres la vallée d’Iférouane.

Cette surimposition, à une vieille pénéplaine usée, de massifs éruptifs jeunes, donne à l’Aïr un aspect surprenant, presque paradoxal : les vallées sont des vallées de plaine, souvent larges, parfois bordées de prairies, à pente assez faible ; le travail de l’érosion y est insignifiant ; leur fond est tapissé de sable, les galets y sont rares : les sommets qui, d’un seul jet, s’élèvent à 5 ou 600 mètres au-dessus des rivières, font songer à un pays de montagnes et de ravins : on s’étonne de ne pas voir des lits de torrents descendus des hauteurs ; on cherche, au pied des escarpements, les cônes de déjection.

Fig. 20. — L’Adr’ar’ Adesnou, vu de la gorge de l’oued Kadamellet.

Cet aspect singulier est dû à la juxtaposition de deux formations que l’érosion n’a pas eu le temps de raccorder. Les parois des dômes sont trop dures, trop abruptes et trop jeunes pour que, dans un pays où la pluie est rare, le ruissellement ait pu y créer un bassin de réception. Les orages coulent en nappe sur leurs flancs ; nulle part les eaux ne se réunissent en masses assez considérables pour pouvoir remanier sérieusement les parties basses, les lambeaux, non recouverts par les laves, de la pénéplaine restée presque horizontale, lambeaux qui forment entre les massifs volcaniques comme un réseau de couloirs où les caravanes passent aisément.

L’Aïr fournit d’excellents exemples de ces montagnes créées par une accumulation de matériaux, accumulation assez rapide pour que la part de l’érosion dans la production de ces formes de terrain soit négligeable. Ces montagnes que l’eau n’a pas sculptées, n’ont jamais formé de chaînes ; elles ont toujours été isolées les unes des autres.

La sécheresse du climat est évidemment pour beaucoup dans le rôle insignifiant qu’il convient d’attribuer à l’érosion ; mais il faut aussi faire sa part au facteur géologique : la plupart des masses éruptives de l’Aïr rentrent dans la catégorie des cumulo-volcans et des dômes que l’éruption de Giorgios, en 1866, à Santorin, avait permis à Fouqué d’entrevoir et que, tout récemment, les dernières éruptions de la Martinique nous ont appris à mieux connaître[44] : des crêtes, comme l’Adr’ar’ Ohrsane ([fig. 74]) sont inexplicables par l’érosion ; on ne peut les comprendre que formées par la juxtaposition d’aiguilles, analogues à celles de la montagne Pelée : elles sont le résultat à peu près inchangé d’un phénomène de construction.

Parfois cependant, dans l’Aïr, les éruptions ont été d’un type plus banal ; à Aoudéras, de belles coulées de basaltes sont accompagnées de projections et de bombes volcaniques ; un bassin de réception a pu se créer dans les cinérites ([fig. 73]) et la rivière qui en sort s’est creusé, dans le plateau d’alluvions qui porte le village d’Aoudéras, un lit qui est en contre-bas de 5 ou 6 mètres.