La plupart des montagnes de l’Aïr sont de couleur foncée comme celles de l’Adr’ar’ ; ce vernis du désert qui couvre d’une pellicule noire la plupart des roches, quelle que soit leur couleur propre, est extrêmement brillant ; à certaines heures, les massifs d’Asbin ont presque l’éclat métallique. La présence de cette patine foncée n’est pas constante : l’Ohrsane est rose et jette une teinte claire sur le paysage ; jusqu’au sud de l’Aïr, les tons de quelques rochers restent assez variés et ces taches de couleur vive contrastent assez gaiement avec les montagnes sombres qui forment les masses principales. Malheureusement, le ciel est souvent brumeux et l’on ne voit que rarement dans l’Aïr ces jeux de lumière éclatants qui font le charme de l’Ahaggar. Parfois cependant, après une averse qui a nettoyé l’atmosphère, le spectacle devient magnifique ; le 22 septembre 1905, du campement de l’oued Kadamellet, au coucher du soleil, l’Adr’ar’ Adesnou ([fig. 20]) semblait une masse de bronze qui se détachait puissamment sur un ciel lie de vin, la teinte sensible des physiciens ; quelques nuages bleu indigo ajoutaient, à la magie de la couleur, une nuance imprévue.

La pénéplaine silurienne et archéenne qui sert de socle à l’Aïr se relie très graduellement au tanezrouft qui lui fait suite au nord ; les massifs de Timgué (1700), d’Aguellal, (1100) d’Akelamellen (1200) et d’Agalac (1400) reposent sur cette partie basse de la pénéplaine. Entre les puits d’Agalac et d’Aourarène la piste est obligée de franchir une falaise d’une quarantaine de mètres, orientée est-ouest, au nord du volcan d’Aggatane ; on accède ainsi à un plateau qui porte le Bilat (1400), le Tchemia, le Baghazan (1400) et le massif d’Aoudéras (1400). Sur la route d’Aoudéras à Agadez la descente est à peu près continue, sauf quelques marches de 3 à 4 mètres, et je n’avais pas d’abord attribué à ce plateau du sud de l’Aïr une importance suffisante. Des renseignements nouveaux, dus à l’amabilité du capitaine Posth, qui a bien voulu mettre à ma disposition ses levés d’itinéraires ([fig. 22]) et de nombreux documents manuscrits, montrent que ce plateau d’Aoudéras est un trait tout à fait important dans la structure de l’Aïr. La région montagneuse s’étend beaucoup plus au sud que ne l’indiquent les cartes les plus récentes ; les Alpes Sahariennes descendent jusqu’à la latitude d’Agadez ; leur limite est assez nette et peut être tracée avec précision ; le rebord méridional de ce plateau est indiqué non pas par une falaise continue, mais par une série de mamelons, hauts de 10 à 20 mètres, que l’on peut suivre pendant longtemps au nord d’une importante vallée qui le sépare du Tegama. Ces premiers contreforts de l’Aïr avaient été aperçus, de loin, dès 1902, par Cauvin qui avait escorté, jusqu’à 50 km. à l’est d’Agadez, une forte caravane.

Fig. 21. — Aïr. L’Adr’ar’ Timgué ou de l’oued Tidek.

Iférouane est au pied du dernier piton au S.W.

Sur la partie méridionale de ce plateau, qui serait à peu près à 600 mètres, se dressent un certain nombre de massifs montagneux ; le plus important est le Taraouadji qui contient dans sa partie nord quelques sommets dont l’altitude varie de 800 à 900 mètres ; quelques-uns approchent de 1000 mètres ; la montagne de Tassamakal et celle de Tsilefin atteignent 800 ou 900 mètres.

Tous ces massifs paraissent en majeure partie granitiques, autant que l’on en peut juger par les photographies du capitaine Posth et les échantillons qu’il a rapportés, et qui sont à l’étude au Muséum. Il est vrai que le pourtour seul des Taraouadji a été parcouru ; d’après les renseignements des guides, ce massif ne forme pas une masse compacte ; il est coupé par un grand nombre de vallées souvent assez larges, du type habituel aux koris de l’Aïr. Les Taraouadji sont donc très habitables ; en fait, ils ont souvent servi, en cas de surprise, de refuge aux nomades de la région d’Agadez, et l’on comprend le peu d’empressement que les gens du pays aient eu à nous faire connaître leur citadelle.

RÉGION MÉRIDIONALE
DE L’AÏR

Fig. 22. — Région méridionale de l’Aïr, d’après les itinéraires et les renseignements du capitaine Posth.