Hydrographie. — Ce haut massif de l’Aïr qui, de l’Ohrsane au Kori d’Idelioua, se développe sur environ 260 kilomètres avec une largeur qui en atteint parfois 75, donne naissance à de nombreuses rivières qui, toutes, coulent trois ou quatre fois par an. Les Haoussa les appellent des koris[45], le nom est peut-être bon à conserver : elles sont beaucoup plus vivantes que les oueds sahariens ; dans quelques-uns de ces koris la végétation est presque forestière, au sens qu’a ce mot en Europe ; le plus souvent, le kori est couvert d’un tapis de graminées avec quelques arbres isolés. Dans l’Adr’ar’, comme dans l’Aïr, la formation végétale qui domine dans les vallées se rattache à la savane ou à la brousse à mimosées ; les hauteurs dénudées appartiennent au type saharien ; mais à côté de cette ressemblance générale il y a des différences nombreuses ; les larges plaines d’alluvions argileuses sur lesquelles s’épandent en couches minces les eaux de l’Adr’ar’, n’ont pas d’équivalents dans l’Aïr ; les vallées sont plus étroites, plus resserrées entre les massifs montagneux ; leur fond est occupé par des arènes granitiques ou du sable assez grossier ; il y a parfois des galets ; assez fréquemment on peut distinguer un lit mineur avec des berges de quelques décimètres et qui se continue sur tout le parcours de la rivière ; la pente des vallées, plus forte dans l’Aïr que dans l’Adr’ar’, explique suffisamment ces divergences.
Les crues doivent être parfois très violentes : dans le haut Teloua, qui est encaissé, des graminées et des branches charriées par la crue étaient accrochées à des arbres à 3 mètres du sol.
J’ai vu l’Ir’azar couler à Iférouane, le 7 octobre 1905 ; il avait plu dans la nuit sur le Timgué ; au matin il y avait dans le ruisseau, large d’une dizaine de mètres, 0 m. 25 d’eau qui coulait rapidement : on en entendait le bruit à 100 mètres ; à neuf heures et demie, il restait quelques flaques isolées, qui disparurent avant midi. L’Adrar Timgué est imperméable, d’où le peu de durée de la crue.
A Aoudéras, la montagne est formée de coulées de basalte et de cinérites ; aussi, quand il a plu, le très mince filet d’eau courante qui passe au pied du village persiste plus longtemps ; nous l’avons vu le 23 octobre ; il avait à peine 1 mètre de large et 2 ou 3 centimètres de profondeur : les habitants d’Aoudéras comptaient qu’il ne serait à sec qu’une quinzaine de jours après la tornade. Il y aurait même sur le Baghazam un ruisseau presque permanent.
Fig. 23. — Aïr. Extrémité nord du massif d’Akelamellen. — Du puits d’Agalac.
La plupart des belles photographies que Posth a rapportées d’Aïr ont été prises après des orages. Les ruisseaux et les cascades qu’elles figurent, donnent du pays une représentation qui n’est que très accidentellement exacte.
Je n’ai pas vu de r’edir, mais il y en a sûrement dans la montagne ; ils sont d’accès difficile et les puits sont assez fréquents, assez peu profonds (18 mètres au plus) pour que l’on puisse négliger les autres ressources.
A part deux ou trois koris, connus seulement par renseignements, K. de Tafidet, de Ténéré, qui se dirigent vers l’est et appartiennent au bassin de Bilma, toutes les eaux de l’Aïr aboutissent, théoriquement au moins, au bassin du Niger ; il est douteux qu’une seule goutte d’eau tombée en Asbin arrive aussi loin, mais l’ancien cours de l’Ir’azar d’Agadez est jalonné par une série de puits peu profonds, dont quelques-uns sont comblés aujourd’hui ; celui d’Assaouas (10 m.), à 50 kilomètres d’Agadez, est encore bien vivant ; à Teguidda n’Adrar, il y a plusieurs mares, alimentées par des sources qui donnent naissance à de courts ruisseaux. Les puits suivants : Sekkaret (7 à 8 m.), Tamat Tédret (2 m.), Tamayeur (1-2 m.), Inerider (4 m.), Manetass (4-6 m.), Gessao (1-2 m.) se succèdent assez régulièrement vers l’ouest. A Tenekart, le fleuve, qui a pris le nom d’Azaouak, est bien marqué ; la vallée, nettement encaissée, a 6 ou 7 kilomètres de large. A ce point, l’Azaouak change de direction et va tout droit vers le sud en passant par Filingué, Sandiré ; dans cette dernière partie de son cours, il devient le Dallol Bosso, affluent du Niger[46].
| R. Chudeau. — Sahara Soudanais. | Pl. VIII. |