Le Damergou, le Mounio, etc., ne sont que des enclaves de cette grande région.

2o Entre la coupure du Niger à Tosaye et le sultanat de Tessaoua, la région des Dallols et le bassin d’Ansongo forment un groupe dont le caractère commun est d’être recouvert d’un manteau d’argiles, de grès ou de calcaires éocènes.

3o Enfin à l’est de Tosaye, le bassin de Tombouctou semble caractérisé par des formations quaternaires marines.

Toutes ces régions ont un trait géologique commun : au nord comme au sud, dominent des formations anciennes, le plus souvent en strates redressées, dont la fréquence en Afrique a fait croire longtemps que, depuis les temps primaires, la mer avait définitivement abandonné le continent noir. Des découvertes récentes ont montré qu’il n’en était rien. A la fin des temps secondaires et correspondant peut-être à la zone de rebroussement des plis calédoniens qui, vers le 15° de longitude nord, quittent leur direction subméridienne pour se diriger de l’ouest à l’est, un affaissement s’est produit, permettant à la mer d’envahir l’Afrique centrale et d’y laisser des traces incontestables du Crétacé supérieur et du Tertiaire inférieur, tout au moins. Ces assises plus jeunes, restées horizontales, caractérisent les hautes plaines du Soudan.

Crétacé inférieur. — La région qui s’étend entre l’Aïr et Zinder est constituée par des grès et des argiles en couches horizontales. Ces assises débutent à 6 kilomètres au nord d’Agadez, auprès du village d’Alar’sess, par un poudingue que j’ai pu suivre assez longtemps vers l’ouest. Dans la région où je l’ai vu, ce poudingue repose sur les couches siluriennes verticales, à affleurements subméridiens ; le littoral était de type atlantique. Posth a retrouvé les mêmes poudingues auprès de Tin Taboirak, au contact des terrains anciens des Taraouadji.

Jusqu’à une soixantaine de kilomètres au sud d’Agadez, on voit assez mal le sol qui est souvent masqué par des dunes, ou bien, comme dans la région des mares de Teguidda n’Adrar et de Teguidda n’Taguei, par une formation récente, reste probable d’un lac tertiaire. Ces dépôts lacustres contiennent quelques traces de fossiles indéterminables ; on y trouve des grès à ciment calcaire, riches en débris volcaniques prouvant qu’ils sont postérieurs aux volcans d’Aïr ; ces grès abondent près du puits d’Assaouas notamment ; mais les roches dominantes sont siliceuses : des jaspes et une meulière violette ou brun chocolat y sont le type le plus commun. L’examen microscopique montre que cette roche, qui est presque une quartzite, résulte de la transformation de bancs calcaires (Cayeux). Elle est un très bel exemple de l’enrichissement en silice des roches superficielles sous l’influence d’un climat désertique. Ces meulières sont, par places, couvertes de dunes dont la couleur brune ou violette indique que les éléments qui les constituent ont été pris sur place ([fig. 25]).

Malgré cette couverture, éolienne ou lacustre, on peut s’assurer cependant que le terrain dominant est formé surtout de grès, qui sont bien visibles en nombre de points et qui se montrent sur une dizaine de mètres à la falaise d’érosion sur laquelle est bâtie Agadez, et d’argiles violettes qui, dans les vallées des affluents du Teloua, occupent de grandes surfaces ; ces affluents ont une pente très faible ; leurs berges sont à peines indiquées ; les parties argileuses de leurs bassins forment, à la saison des pluies, de véritables fondrières dont la traversée est difficile ; les chameaux y laissent des empreintes de pas, profondes souvent d’une vingtaine de centimètres, qui confirment pleinement les renseignements des guides. Les puits d’Agadez, profonds de 20 mètres (Pl. IX, [phot. 17]), sont entièrement creusés dans ces argiles et ces grès.

L’architecture du sol se voit mieux à la falaise de Tigueddi. Cette falaise, haute d’une soixantaine de mètres, constitue un des traits les plus remarquables de la structure des hautes plaines soudanaises ; elle débute auprès d’In Gall et décrit, vers l’est, un arc de cercle long de près de 200 kilomètres. Je ne sais comment elle se termine ; les renseignements très précis que je dois au capitaine Posth, permettent toutefois de compléter ou de rectifier les indications de la carte au 1250000e que j’ai données dans La Géographie [XV, 1907, Pl. 2]. A une vingtaine de kilomètres à l’est d’Agadez, au puits de Tin Taboirak, commencent à se montrer des roches cristallines qui prolongent vers le sud le massif ancien de l’Aïr (Pl. VI, [phot. 11]). Un peu plus loin, à 60 kilomètres d’Agadez, le massif de schistes et de granite de Taraouaji est le dernier refuge, en cas de surprise, des Touaregs de la région. Ces roches anciennes affleurent d’une manière continue, à part quelques interruptions dues à des laves récentes, jusqu’à Bidei et Aoudéras. Au delà de ce massif de Taraouadji, la falaise de Tigueddi semble se continuer ; du moins Barth indique-t-il quelque chose d’analogue sur son itinéraire ([fig. 22]).

Fig. 25. — Bassin lacustre des Teguidda.