Les fossiles recueillis dans l’Éocène de l’Afrique centrale sont surtout des moules internes de gastéropodes ou de lamellibranches d’une détermination souvent douteuse[78]. Quelques-uns, cependant, mieux conservés, permettent de ne pas hésiter sur l’âge de cette formation ; les suivants méritent d’être signalés.
Un nautile, du groupe du N. Lamarcki Deshayes, a été trouvé en plusieurs points de l’Adr’ar’ de Tahoua et dans le Telemsi ; il semble se rapporter assez exactement à Nautilus Deluci d’Archiac, du Nummulitique de l’Inde.
Un grand ovule, du sous-genre Gisortia, est voisin de O. depressa Sow. Le capitaine Arnaud l’a recueilli dans le Telemsi et le capitaine Pasquier, beaucoup plus à l’est, dans la région de l’Azaouak. On connaît O. depressa en Asie Mineure et dans l’Inde.
Les moules de Velates, Natica, Rostellaria, Cypræa semblent se rapporter aussi à des formes de l’Inde et de la Méditerranée. Une turritelle, au moins très voisine de Mesalia fasciata, se rencontre dans la région de Tahoua et à Tenekart ; le capitaine Cauvin l’a rencontrée à l’ouest de l’Adr’ar’ des Ifor’ass, en allant de Bemba à Timiaouin ; elle se retrouve probablement sur les silex d’Ansongo.
Parmi les lamellibranches il n’y a guère de vraiment déterminable qu’une huître, récoltée par R. Arnaud et Pasquier entre Gao et Menaka ; elle est très voisine de l’Ostrea elegans Deshayes, et ressemble surtout à des formes de cette espèce recueillies autrefois par Lemesle dans le Sud tunisien et que M. Douvillé m’a montrées à l’École des Mines. Une autre huître du même gisement peut être rapportée à O. punica Thomas.
Le moule d’une grande lucine, de la taille de L. gigantea du bassin de Paris, mais beaucoup trop épais pour que l’on puisse le rapprocher de cette espèce, est extrêmement commun ; il permet de suivre facilement au loin certains niveaux de l’Adr’ar’ de Tahoua.
Les oursins sont en général très bien représentés dans toutes les récoltes ; les deux espèces que Bather[79] a décrites de Garadoumi (Hemiaster sudanensis, Plesiolampas Saharæ) ont été souvent recueillies ; Lambert a distingué Plesiolampus Paquieri provenant de l’est de Gao, et il se peut que les matériaux assez nombreux qui sont actuellement à l’étude permettent d’accroître un peu cette liste[80].
Parmi les foraminifères, une espèce seule semble jusqu’à présent importante. L’Operculina canalifera d’Archiac est abondante à Tamaské et se retrouve, aux confins de l’Aïr, à Tamalarkat et à Tafadek (lieutenant Jean). C’est une forme du Lutétien de l’Inde et d’Égypte que l’on connaît aussi de l’Est africain allemand où elle accompagne Nummulites Ramondi Defr., N. cf. lævigata Lam, N. perforata Mont., Assilina granulosa d’Arch., A. spira de Roissy[81].
Les vertébrés n’ont fourni jusqu’à présent que peu de débris. R. Arnaud et Pasquier ont recueilli une vertèbre de Crocodilien qui peut être du Crétacé supérieur ou du Tertiaire inférieur ; la mission Moll a rapporté de la région de Tamaské des plaques de tortues. Priem a bien voulu examiner quelques dents de poissons trouvées près de Bouza ; il y a reconnu Scyllium, Aprionodon et Cimolichthys (?), espèces qui indiquent certainement le Tertiaire et probablement l’Éocène moyen[82].
Les affinités de cette faune, que l’étude non encore achevée des nombreux matériaux qui se trouvent à Paris permettra de préciser, sont très nettes avec l’Inde, l’Asie Mineure, l’Égypte et le Sud tunisien.