Les autres gisements éocènes des régions voisines, le Cameroun et le Sénégal[83], bien que présentant des analogies manifestes avec la même zone méditerranéenne, sont assez distincts des gisements de Tahoua ; ces divergences entre pays aussi rapprochés tiennent sans doute à des différences d’âge entre les niveaux fossilifères explorés ; d’après Oppenheim[84], les fossiles du Cameroun seraient paléocènes. Cet étage est représenté probablement à Tahoua par les grès du Niger qui, comme presque tous les grès, sont pauvres en débris organiques ; des recherches suivies seront nécessaires pour en connaître la faune.
Nulle part on n’a pu encore relever de coupes continues ; mais tous les indices portent à croire que depuis le Turonien inférieur jusqu’à la fin de l’Éocène au moins, la mer n’a pas abandonné ces régions ; la série doit être complète dans le centre du bassin.
II. — LES PAYS
Dans toute cette zone des hautes plaines sédimentaires du Soudan vit une population assez nombreuse, malgré les ravages qu’y a faits jusqu’en ces dernières années la traite des esclaves.
Presque partout deux demi-civilisations coexistent ; des villages, habités par des populations noires, vivent surtout de la culture ; entre les villages nomadisent des pasteurs sans liens anthropologiques ou ethniques avec les sédentaires.
Au cours de luttes interminables entre les innombrables sultans noirs, les villages ont souvent changé de maîtres et fait partie des groupements les plus divers. Leur longue histoire, sans grand intérêt probablement, ne pourra guère être débrouillée, et seulement pour une courte période, que par des gens résidant longtemps dans le pays.
Le travail a été commencé ; et, aux traditions soigneusement recueillies par Barth, sont venues s’ajouter quelques monographies excellentes comme celle que le commandant Gadel a consacrée à Zinder.
Il est encore impossible cependant de chercher à faire une synthèse de tous ces renseignements. Il faudra se borner à mettre en évidence quelques groupements naturels qui ont été imposés par des conditions géographiques ou géologiques.
Dans l’ensemble, la région de hautes plaines dont nous venons de chercher à définir la structure géologique, forme d’une manière très graduelle la transition entre le Sahara où il ne pleut pas et la région équatoriale où il pleut beaucoup. Dans leurs parties septentrionales, les plus proches du désert, ces hautes plaines se prêtent mal à la vie des hommes ; à mesure que l’on va vers le sud, l’eau devient moins rare et la vie plus aisée ; les villages apparaissent, localisés surtout, d’abord, dans quelques districts où des reliefs insignifiants suffisent cependant à accroître les précipitations atmosphériques et fournissent de bonnes positions de défense. Plus que la certitude d’avoir de l’eau facilement, la préoccupation de la sécurité a déterminé le choix de l’emplacement des villages, non seulement en Afrique, mais dans le monde entier, comme en témoignent encore tant de vieux villages français, juchés sur des collines d’accès difficile.
Nomades. — A part ces régions favorisées, la zone qui s’étend du Tchad au Sénégal est habitée surtout par des nomades de différentes races, qui se pénètrent peu.