A l’est, les Tebbous, fort mal connus, ont leur centre dans le Tibesti ; depuis des siècles, jusqu’à notre arrivée, ils étaient en lutte avec les gens de l’Aïr pour la possession de Bilma ; leurs campements les plus éloignés vers l’ouest sont au nord du Koutous, à Garagoa ; on les retrouve entre Chirmalek et le Tchad ; le poste de Mirrh a été établi pour les surveiller. Ils ne vont que peu au sud de cette ligne, qui forme à peu près la limite commune à leurs parcours et à ceux des Peuhls.

Entre le Tchad et le Borkou, ils ont été refoulés par une tribu arabe, les Ouled Sliman venus du Fezzan il y a un petit nombre d’années ; tribu sur laquelle Nachtigal, et plus récemment Mangin [La Géographie, XV, 1907], ont donné d’assez nombreux détails.

Le domaine des Touaregs commence à l’Aïr ; plus au sud, ils s’étendent davantage à l’est et campent dans l’Alakhos ; leurs dernières tentes dans cette région sont à Zéno. On les retrouve vers l’ouest, après quelques interruptions entre le Télemsi et Tombouctou, jusqu’à la région du Faguibine. Leur limite méridionale paraît compliquée et semble décrire de nombreux crochets : les Kel Gress pénètrent jusqu’à Sokoto ; à l’est et à l’ouest de l’Adr’ar’ de Tahoua, où les nomades sont Touaregs, les Peuhls au contraire remontent assez loin vers le nord : on les rencontre tout au moins à Kankara et à Amashi, comme autour de Matankari. Je n’ai pas de documents suffisants pour préciser la limite des deux races ; il semble en tous cas qu’elles ne nomadisent pas ensemble. De la vallée du Télemsi à Tombouctou, la plaine au nord du Niger et jusqu’au Timetrin est occupée par des nomades de langue arabe, Kountah et Berabiches qui séparent les Oulimminden et les Ifor’as, des Touaregs de Tombouctou (Kel Antassar, etc.[85]).

Parfois les habitats de ces différents peuples correspondent visiblement à des régions naturelles : l’Adr’ar’ des Ifor’as arrête les Kountah. Vers l’ouest, le Djouf semble être la limite extrême des Touaregs ; mais le plus souvent les limites sont indécises et ne semblent correspondre à aucun accident géographique notable. Chaque peuplade nomade a quelques districts montagneux où elle est solidement installée et qui lui servent de citadelle ; elle s’étend plus ou moins dans la plaine suivant le hasard des combats : les oasis du Kaouar ont de tout temps été l’objet de luttes entre les Tebbous du Tibesti et les Touaregs de l’Aïr. Les premiers y étaient les maîtres au moment du passage de Nachtigal (1870) ; lors de notre installation à Bilma (1906), les salines dépendaient des Kel Aïr.

A quelque race qu’ils appartiennent, la vie de tous les nomades est la même : du Sud algérien aux falaises de Hombori, les nomades sont à la recherche de bons pâturages pour leurs troupeaux ; ils ajoutent, aux bénéfices un peu aléatoires de l’élevage, l’escorte et au besoin le pillage des caravanes et quand ils sont en contact avec des sédentaires, ils leur imposent une protection onéreuse : l’histoire du Damergou ou de Tahoua reproduit celle des Oasis, et cette manière de faire, qui est pour les peuples pasteurs presque une nécessité, n’est pas spéciale aux bergers africains.

Quant au choix des animaux qui constituent le cheptel, il est une affaire de météorologie et non pas de race humaine. Partout l’élevage du mouton et de la chèvre est important ; dans les pays les plus secs on y ajoute le chameau ; quand la pluie devient moins rare, le bœuf apparaît à côté du chameau ; un peu plus loin du désert, en Algérie comme au Soudan, le cheval devient possible et le dromadaire disparaît d’abord comme monture, puis comme animal porteur. Ces substitutions progressives se font chez les Tebbous tout comme chez les Arabes et les Touaregs. Seuls les Peuhls, qui ne touchent nulle part au Sahara, n’élèvent, comme animaux de bât ou de selle, que le cheval et le bœuf.

Ce n’est pas le lieu de discuter ici sérieusement la question controversée de savoir si la vie, nomade ou sédentaire, est un caractère de race ; les caractères anthropologiques des Africains sont encore trop mal connus pour qu’ils puissent servir d’appui à une semblable discussion. Il semble toutefois que les conditions de milieu ont, plus que les caractères anatomiques, une influence sur le mode d’existence que chaque groupement humain adopte. Malgré leur nom, les Kel Oui sont des Haoussas et ils vivent de la vie des Touaregs ; sur les rives du Niger, il y a des villages de Peuhls. Quant aux Touaregs véritables, ils sont apparentés de bien près à des populations sédentaires d’Europe ou d’Afrique mineure.

Adr’ar’ de Tahoua. — Tahoua est le chef-lieu d’une région bien caractérisée, l’Adr’ar’ de Tahoua, appelé parfois l’Adr’ar’ Doutchi. Cette expression bizarre est formée du mot tamachek adr’ar’ et d’un mot haoussa « doutchi » qui veut dire caillou, rocher ou colline pierreuse. Cet Adr’ar’ est un plateau de calcaires et d’argiles éocènes ([fig. 35,] p. 96), protégé le plus souvent par un manteau latéritique ; il est entaillé par de profondes vallées, les « dallols », souvenir d’un état hydrographique antérieur. Ces vallées, larges souvent de 5 à 6 kilomètres, sont flanquées de falaises élevées, hautes parfois de plus de 100 mètres ; ce sont certainement des vallées d’érosion, creusées naguère par des fleuves venus de l’Aïr et de l’Ahaggar, fleuves aujourd’hui décapités ([fig. 68,] p. 225).

Le fond des dallols a conservé des alluvions, mais le vent y a fait cependant son œuvre et des dunes nombreuses interrompent la pente de la vallée ; ces barrages ont favorisé l’établissement de grands étangs ; celui de Keita ([Pl. XX]) est presque un lac.