Il semble que, depuis fort longtemps, la région de Bilma a formé un centre ethnique distinct : parmi les outils néolithiques que Ayasse a rapportés, à côté des types que l’on trouve à l’ouest et au sud de Bilma, se trouvent quelques pièces très spéciales ; l’une d’elles est très curieuse ; elle a la forme d’une hache étroite et épaisse, mais au lieu d’un tranchant, elle présente à son extrémité la plus large une pointe formée par une sorte de pyramide triangulaire ; l’une des faces de cette pyramide, parallèle au plan sagittal de la pièce, est large, les deux autres beaucoup plus étroites. Jusqu’à présent, on ne connaît aucun spécimen analogue à cette espèce de gouge.
On peut donc penser que, à l’époque néolithique, « il s’était constitué en pays tebbou un centre industriel qui, tout en ayant fait des emprunts aux contrées septentrionales et méridionales, n’en avait pas moins conservé des caractères propres. Le fait mérite d’être vérifié, car il permettrait de supposer qu’il a vécu autrefois en ce point un îlot ethnique particulier qui avait cependant des relations avec les tribus du nord et avec celles du sud[96] ».
Fachi. — L’oasis de Fachi (oasis Agram) située à 150 kilomètres à l’ouest de Bilma, est beaucoup moins importante ; elle couvre 14 kilomètres du nord au sud avec une largeur de 3 ou 4 kilomètres.
Sur toute sa longueur, elle est limitée à l’est par une chaîne rocheuse dont le point le plus élevé est le mont Fosso qui domine l’oasis d’une centaine de mètres. Entre cette chaîne granitique (?), surmontée de plateaux gréseux revêtus de la patine du désert, et l’Aïr, s’étend probablement une plaine formée par les grès du Tegama où vont se perdre les eaux de quelques koris d’Aïr (K. Ténéré, K. de Tafidet) ; il est vraisemblable que ce sont ces koris qui alimentent Fachi.
L’oasis a été vue pour la première fois par des Européens en octobre 1907 (commandant Mouret, capitaine Martin, sergent Lacombe).
Les îles du Tchad. — Les peuplades qui habitent les alentours du Tchad sont assez nombreuses ; au nord les Tebbous, à l’est les Ouled Sliman, au sud les Peuhls représentent les principaux éléments nomades. Les populations du lac sont plus intéressantes ; elles ont trouvé dans les îles du Tchad un refuge presque assuré contre les invasions ; même lorsque les eaux sont basses, il reste dans les bahrs trop de parties marécageuses pour que l’on puisse s’y aventurer sans risques.
Il semble que deux peuplades différentes au moins occupent ces îles : les archipels du sud sont occupés par les Kouris ou Kanembous, qui sont venus probablement du Kanem et se rattachent peut-être aux Tebbous. Tous sont musulmans. Ils ont de nombreux troupeaux, mais se déplacent peu ; chez eux l’agriculture est assez développée et ils sont en réalité sédentaires. D’après le colonel Destenave[97] ils seraient environ 25000. La population ne semble pas s’accroître rapidement et l’on a attribué ce fait à l’abus des mariages consanguins. Chevalier [L’Afrique centrale française, p. 406-410] donne quelques statistiques détaillées ; dans trois villages il y a en tout 764 habitants dont 292 enfants ; dans deux d’entre eux, le tiers des unions est stérile ; peu de familles ont plus de deux enfants.
Les îles du nord du Tchad sont habitées par les Boudoumas (25000) dont l’origine est obscure ; Destenave, d’après les traditions qu’il a recueillies, pense qu’ils avaient quitté le Sokoto il y a trois siècles ; pour Freydenberg[98], qui donne une longue suite de chefs, ils seraient au contraire venus de l’est, du Chittati. Il est probable qu’ils doivent rentrer dans les groupes peuhls. Ce sont presque exclusivement des éleveurs, restés en général fétichistes et qui ont conservé quelques vieilles coutumes : les mariages entre gens de même clan sont interdits ; le lévirat, c’est-à-dire le mariage obligatoire de la veuve avec le frère aîné du défunt, se retrouve chez les Boudoumas.
Complètement à l’abri dans leurs îles, les habitants du Tchad ont longtemps profité de leur position presque inexpugnable pour razzier les caravanes qui passaient sur les bords du lac. Leurs pirogues en jonc, qui nous semblent cependant bien rudimentaires, leur permettaient d’aborder la rive bornouanne, ce qui nécessite deux jours de navigation.
[54]En Égypte et dans le désert Libyque, on connaît des grès d’âge albien (Infracrétacé) riches en bois silicifiés (Grès de Nubie).