C’est pour mieux fuir la tentation que j’ai déchiré une photo, que je décide aussi de n’avoir point pitié de la rose, qui achève de se faner dans mon verre à dents.
Hier, elle s’épanouissait à mon manteau.
Une amie l’avait prise au bouquet d’un bol persan.
Cette amie partait avec un de mes amis le même jour, à la même heure, par la même gare mais pas pour le même endroit que moi.
J’aurais pu essayer d’aller avec eux.
Je n’avais pas voulu. Je regardais l’un et l’autre. Mes yeux étaient-il donc si tristes qu’ils me comblaient de promesses : « On t’enverra des cartes postales. » Huit coups à la grande horloge et mes oreilles ne peuvent s’empêcher de penser à un glas. Le glas du départ. Je veux croire en mon sacrifice, et que ceux dont je me sépare volontairement méritent mes regrets.
Il faut en convenir : tous deux sont beaux et grands par le cœur, l’esprit. Cette femme, ce garçon, mes préférés, pourquoi avoir décidé de vous quitter ? Déjà un grand cube de poussière, la gare offre une de ces surfaces à l’inconnu. Nous sommes arrivés une demi-heure avant le départ du train. L’horloge répète ses huit coups. Il est donc huit heures.
Au fait, huit heures de l’après-midi ou huit heures du soir ?
Les villes ignorent le crépuscule. Sur elles la nuit tombe, mais ne descend jamais. Aucune vapeur ne m’a doucement habitué aux ténèbres comme la maladie d’un être cher à la mort.
De grosses lumières bien rondes tremblent. Au-delà des quais des lignes noires finissent trop vite par n’être même plus deux à deux luisantes sur le sol. Toutes les couleurs sont mortes subitement. La tringle de cuivre qui court au long des vitres du wagon a mis à mes doigts une odeur triste. Un coup de sifflet et ces deux présences, elles aussi, auront cessé d’être.