La logique, la réflexion n’existent que faute de mieux.

Parce que certaine richesse qui faisait le lourd bonheur du sang et le poids de ce qui en nous est apte à percevoir et non à dire, parce que certaine richesse fut au long des siècles dilapidée, l’homme, en vengeance, a conçu l’amour des mots et celui des idées. C’est pourquoi, ce me semble, il faut dénoncer quelle faute de mieux fut, ce qui d’ailleurs continue à sembler aux moins indulgents, sujet du plus légitime orgueil. Au reste, par l’effet d’une loi d’aller et retour, sans quoi l’humanité serait trop vite arrivée au bout de son chemin, l’intelligence parvenue à certain point ne semble avoir rien d’autre à faire que son propre procès. Débats sans indulgence. Elle-même se condamne. Et c’est une telle tragédie qui met le plus profond désespoir dans la vie des plus audacieux et des plus francs.


Spontanément spontanés, nous n’aurions aucune raison d’aimer la spontanéité, d’en faire l’éloge. Seul un être à l’instinct moribond enviera la brute. Joie des anémiques, des épuisés qui entendent expliquer les vestiges de leurs appétits par l’instinct vital. A la vérité ce qui importe, ce n’est point une explication, mais le triomphe subi de l’instinct vital lui-même.

Lys mieux vêtu que Salomon dans toute sa gloire, parmi tant de plantes répétées, que monte enfin l’orgueil d’aujourd’hui. Lys mieux vêtu que Salomon dans toute sa gloire, ou bien arum dont les bords ourlés rendent, par leur voluptueuse innocence, plus terrifiante encore la couleur marécageuse d’une tige qui a pris pour elle seule les mauvais désirs de la terre. La fleur est si belle que, grâce à la joie des yeux, les narines commettent un abus de confiance et, bien qu’aucune odeur ne soit venue les griser, pensent que le nom n’est point arum mais arome et qu’il fut justement donné.

Arums et lys, affirmations bien présentes, luisez davantage pour exagérer votre force, votre séduction spontanées et nous faire mépriser définitivement ces petites boules d’un mimosa trop sec : nos souvenirs.

Mémoire, mimosa. Mémoire mimosa. Joli titre pour une valse à jouer lorsque la vie boite et que la fenêtre est ouverte sur un jardin triste. Mimosa. Au plein midi nous avons pensé à notre hiver. Nous avons voulu faire des provisions de soleil. Une plante s’offrait qui fut mise en panier. Aujourd’hui le ciel était lourd et pourtant il faisait froid. Nous avons cherché à rappeler la lumière absente. Nous avons ouvert le panier. Mémoire, mimosa, mémoire, mimosa. Même, la couleur s’est recroquevillée. Il n’y a plus de parfum, mais cette tristesse qui se respire, les jours de janvier, dans les salons de province. Mémoire, vos fleurs, votre mimosa sent le renfermé.

Si je prends une branche, toutes les petites boules tombent, s’écrasent. Mémoires, vos lampions ne sont pas seulement lamentables mais fragiles aussi. Aucun n’éclaire, et la tige qui les assemble n’offre pas l’unité du lys ni celle de l’arum.

Les moments antérieurs ne tiennent pas à la branche. J’ai dit que toutes ces petites boules jaunes qu’on avait prétendues d’or, j’ai dit que toutes les petites boules jaunes étaient tombées à terre. Les voici écrasées. Elles ont laissé de pauvres taches à mes doigts.

Alors pourquoi sans cesse recommencer ? Pourquoi vouloir — et de quel droit — habiller notre mémoire selon la mode hypocrite des autres hommes ? Il ne faut pas réincarner ce que nous avons le mieux aimé.