Elle répète : Oui, l’amour, c’est encore ce qu’il y a de mieux pour passer le temps.
— Si tu veux, chérie.
— Alors ne bâille plus.
— Je m’ennuie.
— Donc tu ne m’aimes pas.
— Mais si, chérie.
— C’est bien vrai ?
Je cherche — quelle conscience — les raisons qui pourraient bien valoir à cette bonne femme d’être aimée ou, tout au moins, à leur défaut, celles qu’il suffirait d’énoncer pour qu’elle se crût aimée. A haute voix j’affirme : « Lorsque tu danses, tes pieds tournent si vite que je les prends pour des petits cercles. » Mais dès cette première tentative d’altruisme, j’oublie la danseuse et, pour moi seul, quoique à haute voix, déclare : oui des petits cercles. Géométrie éclatante et lilliputienne. Des pieds qui tournent, des pieds de satin blanc et c’est tout le mystère des nacres. Je ne suis pas le fils d’un mandarin, hélas ! Des perles ne boutonnèrent point les devants de mes chemises. Tes pieds, danseuse, parce qu’ils sont deux points de corozo blanc, me rappellent mon enfance, l’attente, la toile des blouses sur un corps qui commence à se douter et déjà prend difficilement patience.
— Imbécile.
Et la danseuse de s’empêtrer dans ses rubans et un imparfait du subjonctif. L’imparfait du subjonctif est encore plus rebelle que les rubans et ne se laisse pas apprivoiser.