J’ai rencontré ce double aimant et, de tout l’univers, rien n’est demeuré vrai que deux points où brillaient le ciel et tout le phosphore de l’angoisse. De ces deux points sont nés des paroles, un corps, une âme. Mon cœur s’est arrêté de battre. J’ai voulu parler, j’ai bégayé. Le trottoir s’était ouvert pour que jaillît une fleur humaine. Plus uni que l’eau innocente, allait-il me lancer un poison de vérité ?

J’attendais le miracle.

Le dieu des rencontres une fois encore m’avait trompé.

VI
PROMENADE

Promeneurs sollicités, promeneurs qui ne me répondiez pas ou choisissiez, pour répondre, ce mot, ce clin d’œil dont précisément je n’eusse pas voulu, vous ne m’offriez point ma certitude. Il est vrai que dans mon orgueil solitaire je n’avais eu cure de la vôtre.

Chacun pour soi, fallait-il se répéter encore, chacun pour soi, et c’était cette sorte d’onanisme dont nous avions cru qu’il était le signe un peu honteux de l’enfance mais qui continuait, quoique la première jeunesse déjà fût passée, à ne chercher que prétextes dans d’autres corps, d’autres pensées. D’où certaines farces dérisoires et macabres à la fois. J’étais bien contraint d’accuser un peu les autres corps, les autres pensées, mais parce que je jouais à cache-cache avec moi-même en toute occasion, comment aurais-je eu l’audace d’exiger de mes partenaires qu’ils renonçassent aux masques, aux fards.

Alors je continuais mes essais, un peu moins sûr, il est vrai, chaque jour, car, à vouloir préciser, j’avais dû finir par comprendre que jamais je ne parviendrais à quelque point comparable dans l’espace au présent dans le temps. L’un de mes pieds s’appelle passé, l’autre futur. Il y a toujours un escalier à monter.

Je frappe à la porte qu’il faut et me voilà bien sage sur un pouf de peluche rouge. Une voix grêle et sans timbre essaie de me tenter.

— L’amour, tu vois, c’est encore ce qu’il y a de mieux pour passer le temps.

Accroupie dans un coin de sa loge, cette petite femme qui sert de danseuse à l’homme le mieux fait du monde additionne des vérités premières et s’applique à préciser d’un bâton de rouge les contours de son nombril.