La maladie de la danseuse était ce jour-là une tunique de soie verte. Tout porte à croire qu’elle nous prit pour des fougères miraculeuses puisque le fourreau s’ouvrit, glissa, glissa. Alors, elle rendit grâces au Ciel de l’avoir faite digne et capable de s’apprécier à sa valeur qu’elle n’estimait point médiocre. Elle explique : « D’un homme nu on doit dire qu’il est indécent, mais il faut appeler vision d’art une femme sans vêtements… »

Quand elle a fini son discours nous décidons d’aller tous quatre au Vélodrome d’hiver car nous sommes au temps des Six jours. Elle s’habille. Nous partons. Dans le taxi, la bonne femme se fait petite tout contre l’homme le mieux fait du monde. C’est qu’elle admire ce danseur qui, déshabillé, autant qu’on peut l’être sur une scène, applique, sans trouble, à sa peau une peau féminine.

Comme les gens des faubourgs qui mangent les coudes sur une table de bois blanc rêvent de meubles compliqués et n’estiment rien tant que les plus laquées et les plus inconfortables des armoires faussement chinoises ou japonaises, cette petite femelle pour qui le bonheur est l’exigence du mâle croit que prendre un partenaire du même sexe pour l’acte d’amour suppose ces splendeurs dont ruissellent les robes des reines sur des chromos de cruauté. Aussi entre elle et son amant, l’homme le mieux fait du monde a-t-il toujours figure d’arbitre.

Par exemple :

— Tu sais, à Rome, ma mère aimait à se promener au bord du Tage.

— Tu veux dire du Tibre.

— Je veux dire et dis au bord du Tage.

— Je t’assure…

— Imbécile. Tu n’es jamais allé à Rome, toi. Et puis ma mère savait bien les noms des fleuves d’Europe.

— Je n’en doute pas. Mais je suis sûr qu’à Rome, elle ne s’est pas promenée au bord du Tage.