Mais peut-être mieux vaut pour elle, pour moi éviter un tel drame. Et puis même dans sa douleur elle n’aurait pas une expression franche. Il me faudrait attendre sa mort et l’arrivée du commissaire pour voir enfin son visage sans mensonge.
Adieu petite danseuse de l’homme le mieux fait du monde.
Je laisse tomber deux gouttes de son parfum sur mon mouchoir. Deux gouttes de souvenir, c’est bien tout ce qu’elle vaut. Une minute j’écoute encore ses entrechats, et sifflotant m’en vais la bouche en cœur.
Dans la rue.
« Tu es falot, mon ami », me suis-je dit, me croyant tout à coup personnage d’une comédie italienne, les yeux avec l’éclat du jais en plein amidon et le corps flottant sous mes habits.
Tu es falot, mon ami, et c’est pourquoi à la pensée tu préfères la parole et le geste à la parole, c’est-à-dire aux maux de tête la mandoline, et la pantomime à la mandoline. La tristesse, satin noir en grande largeur, prête aux effets de plaidoirie.
Du coude au poignet on imite le col des cygnes, on se trouve de la subtilité. Je combine des aumônes et les offre à ma propre tristesse. Complaisance du revers de la main.
Et cette manie de plaider irresponsable. De mauvaise foi, j’accuse les airs et les pas transatlantiques, les divans, les coussins, les boissons mélangées de champagne et de fruits, les jeunes filles et l’ambiguïté de leur camaraderie sur la terrasse du Luxembourg les matins d’hiver, à Bagatelle les soirs d’été.
Je souffre par votre faute, danseuses de mes vingt ans, par votre faute, et celle des jeux où nous étions poupées de buis pour peintre, à la joie de nous heurter, impénétrables dans les chocs, bois qui claquait, vigueur vernie et si lisses l’une contre l’autre, mais tout de même jouets de souffrance comme ces dents que le mal attaque à la pulpe.
Cure d’énergie, première résolution. Ne plus fumer les cigarettes blondes, qu’on prenait dans les coupes de bohème et les bols de jade. Ce soir je vais prendre un cigare et aller voir les boxeurs.