Ma poitrine va-t-elle s’ouvrir, ruche enfin soumise aux abeilles du bonheur ?
Et soudain je comprends pourquoi les pâtres de tous les temps demeurèrent attentifs aux insectes, aux cigales, à l’obstination bourdonnante des champs. Il faut être docile. Dans les villes mes pieds prisonniers du cuir s’obstinaient à quelque vengeance. Toute ma peau exilée s’exaspérait jusqu’à ne plus savoir, après l’attente des jours, utiliser pour le plus grand bonheur nocturne quelqu’autre peau dont la recherche avait compliqué les heures. Mais aujourd’hui la chair est libre, mes pieds ne se rappellent plus les chaussettes, les chaussures. De simples espadrilles les protègent, des herbes les caressent. Parfois jusqu’à la peur.
Quel miel allez-vous donc m’apporter, désirs, dont j’ai laissé se disperser l’essaim ?
Je suis curieux de toutes les fleurs.
Mais déjà voici le troupeau des corps animés par le sang. Déjà voici venir les victimes que réclame mon orgueil d’homme nu. J’étais un homme perdu. Je me suis retrouvé. Enfin je suis l’Homme. Je crois en ma grandeur parce que j’ai marché nu dans le soleil. Je puis souffler mon souffle aux coins les plus secrets de mon corps. Il n’y a pas de toit entre ces nuages de chaleur et ma sécurité.
Je vois, je tâte, j’aime mon ventre, mes cuisses, moi, en pleine lumière, en pleine solitude, en plein désir.
Mais déjà voici le troupeau des corps animés par le sang. Déjà voici venir les victimes que réclame mon orgueil d’homme nu.
Les chèvres, les vaches, les chiens, celui ou celle qui les garde.
Il faut.
Allons.