Il fait comme s’il croyait à certaine hiérarchie dont lui-même occuperait la première place. D’où le respect voué à l’uniforme de chair.

Ainsi, le plus humble saint complaisant au chant de son âme dira « mes frères » aux oiseaux et non aux cailloux.

Pour notre vagabond, devant ceux qu’il croit ses semblables il s’arrête satisfait. Alors, il se juge capable d’amour, mais, après une minute attentive, s’il continue à se reconnaître en qui l’entoure, son imperfection, soudain accusée par quelque geste, s’irrite du miroir.

D’autre part, qui n’a pas ses goûts lui apparaît digne de mépris. Les voix étrangères, pour ses oreilles ne roulent que des syllabes sauvages, et il comprend que, dans la Babel des cœurs, jamais n’auront un sens indéniable les maux ou les joies des autres.

S’il continue sa marche, ce n’est point qu’il espère de la prochaine étape. Il ne veut que l’oubli de la précédente. Mais ce perpétuel voyage est une fuite manquée car l’esprit ne suit pas les accidents d’une terre qui porte le corps, son enveloppe.

Paysage, état d’âme ?

Dans des lieux nouveaux, notre enfant prodigue devenu Juif errant, n’arrive point à se créer une âme nouvelle.

Ce qu’on appelle nature le laisse indifférent. Et certes, il faudrait qu’il fût masochiste pour l’aimer sans y voir un symbole de soi-même. Celui qui prête attention au monde extérieur et le croit étranger à lui-même ne manque jamais d’en faire un palais des supplices.

Or pour moi, s’il me plaît de souffrir, je n’ai besoin ni des choses ni même des autres hommes.

Je sais me torturer.