Chaque essai, dès lors, sera marqué par une déception, mais la soif de tout en deviendra plus intense. Et déjà nous sommes loin de la salle où des lignes droites et blanches, sur un plan uniformément noir, marquaient une vérité. La vérité, sans concession de couleur.

Fenêtre ouverte à l’espoir d’impossibles conquêtes, dehors c’était le jardin limité par un mensonge d’horizon. Un rayon entre. Des poussières y dansent.

Premier rêve d’arc en ciel.

Des mains sèches de craie et de rigueur logique se tendent vers le frais, vers l’incertain. Un frisson dans le dos. Frisson de croissance. Des ailes poussent. Et voilà que recommence une fois encore l’histoire de l’enfant prodigue.

Mais d’un enfant prodigue qui ne reviendra jamais, condamné à partir sans arriver nulle part, à vieillir dans une misère de juif errant, et las de ne pouvoir atteindre ce fil de soleil qui jadis, entre ciel et terre, semblait au premier matin le but d’une marche facile. Et pour accompagner ses pas, les mêmes pensées répétées jusqu’au dégoût. A chaque ruisseau l’eau claire tente le vagabond, mais cette eau, elle a toujours le même goût. Celui de sa bouche, de ses déceptions. S’il marche vite c’est pour mieux perdre son âme. Mais les buissons auxquels il tente de l’accrocher ne veulent pas de la loque. Dans les villes, enfant, je l’ai vu qui se détournait des glaces dont s’ornaient mes plus chères boulangeries. Et il ne s’arrêtait jamais. Sans doute lui semblait-il que s’il restait en place l’effroi originel fondrait sur lui pour dépecer l’oiseau précaire et tendre dont, semblable à tout homme, il espérait qu’un jour il chanterait dans sa poitrine.

Quelles spirales de feutre menacent son silence, son immobilité !

Toujours il va.

Par orgueil, il a renoncé aux objets.

N’a-t-il pas quitté ses biens parce qu’il ne s’en pouvait satisfaire ?

Il marche donc sans se souvenir des choses, des arbres, des maisons. Il ne pourrait les aimer que s’il y découvrait quelque symbole humain. Comme la douleur est la seule sensation d’âme qui lui révèle son existence, il demande aux rêves de métamorphoser tout au gré de l’inquiétude en quoi il reconnaît son propre et cherche sa grandeur.