Et pourtant cette chanteuse et moi n’acceptons point de nous mésestimer, même et surtout lorsque nous avouons.

Alors, elle, des sillons de peur par tout le visage, un visage où la débâcle transparente du fard laisse voir les plus secrètes décompositions, en dépit de la volonté des yeux, elle, les mains comme des fleurs malades sur cette poitrine de velours qu’une lassitude déjà creuse, le corps rebelle au sursaut que l’esprit commande, elle, très lente, avec la gravité de qui présente au juge le dernier argument, affirme : Je vais à tout par des chemins modestes.

Et moi touché par ces simples mots je voudrais m’agenouiller, baiser la trace de ses pas.

Je répète : A tout par des chemins modestes. Il me faudra cette lumière grise du matin qui se réjouit d’accuser la pauvreté du teint et celle des pensées pour me demander : mais ne prend-elle point, pour des chemins modestes, les chemins détournés ? Une vie de chanteuse est-elle une vie modeste pour une femme que seul tout attire ? Et ce sont les autres qu’elle apprend à mépriser et non elle à estimer. Elle accepte la fausse mesure des mots. Et comment se mettrait-elle en ordre avec soi-même, alors qu’elle essaie non de se limiter, de se définir, mais de se perdre.

Elle vit avec les autres, va aux autres, à tous les autres, à tous. Or aller à tous n’est pas aller à tout, mais au contraire n’aller à rien.

Un tel exemple est un avertissement.

Aussi avais-je, dès ces mots, résolu d’être seul bientôt, vraiment seul.

II
VRAIMENT SEUL

Or ce soir je suis seul.

Seul dans une chambre d’hôtel.